L’épuisement professionnel chez les médecins est un défi important pour le système de santé puisqu’il nuit à la qualité des soins aux patients et au bien-être des apprenants en médecine et des médecins. Ces cours autodirigés sur la santé et le bien-être présentent des concepts de base et proposent un vocabulaire et un cadre communs pour comprendre, évaluer et améliorer le bien-être des médecins.

Les fondements du bien-être des médecins

Avec la participation d’experts canadiens et internationaux en matière de santé des médecins, ce cours interactif vous fera découvrir les concepts fondamentaux du bien-être, les facteurs organisationnels qui contribuent à l’épuisement professionnel et les résultats probants d’interventions visant à prévenir l’épuisement professionnel et à favoriser le bien-être.

Ce cours est ouvert à tous les médecins et apprenants en médecine et présente les avantages suivants :

  • En ligne
  • Autodirigé
  • 30 minutes
  • Agréé
  • Gratuit

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Composer avec la pandémie de COVID-19 : série de webinaires d'experts

Cette série de webinaires animée par la Dre Jillian Horton vise à offrir aux médecins et aux apprenants en médecine des conseils d’experts pour les aider à gérer le stress lié à la pandémie.

Composer avec l’isolement et augmenter sa résilience

Durée : 25:34

Dr Bob Thirsk

Beaucoup de médecins en première ligne pratiquent actuellement l’auto-isolement pour éviter de risquer d’infecter les membres de leur famille et leurs collègues. Le Dr Bob Thirsk, astronaute et ancien résident de la Station spatiale internationale, parle des approches utilisées par l’Agence spatiale canadienne pour composer avec l’isolement dans les situations hautement stressantes.

Lire les notes de l’épisode

Dre Jillian Horton 

Bonjour et bienvenue à la série d'apprentissages sur la santé et le bien-être des médecins offert par Joule et l'Association médicale canadienne. 

Je suis Jillian Horton. 

Je suis une interniste générale, éducatrice et baladodiffuseuse. 

Je suis l'hôte de cette séance aujourd'hui. 

Nous savons tous que notre travail est très stressant. 

Aujourd'hui, nous sommes dans une situation où le stress est beaucoup plus élevé que n'importe quel moment auparavant. 

De plus, plusieurs d'entre vous se confinent ou pensent à se confiner de leur famille et de leurs collègues. 

Aujourd'hui, avec ce webinaire, nous voulons explorer et recadrer nos peurs de cette expérience inédite. 

Aujourd'hui, Dr Robert Thirsk se joint à nous. 

Il s'agit d'un médecin qui a une expérience d'isolement prolongé. 

Il abordera la question du risque personnel élevé. 

Il est un ancien astronaute de l'Agence spatiale canadienne. 

Il détient le record canadien de 204 jours passés en orbite. 

Docteur Thirsk, merci beaucoup de vous joindre à nous pour ce webinaire. 

Dr Robert Thirsk 

C'est un plaisir pour moi aussi. 

Dre Jillian Horton 

Avant de rentrer dans les détails par rapport au confinement découlant de la situation de la COVID-19, pouvez-vous nous donner un peu de contexte, à savoir, quel genre de formation avez-vous reçu pour vous préparer à votre mission, pas nécessairement la partie technique, mais les autres aspects de votre formation ? 

Dr Robert Thirsk 

En résumé, lorsqu'on se prépare à la carrière d'astronaute, nous venons de différents domaines, soit de l'aviation, des sciences, de l'ingénierie, de la médecine. 

Et certains astronautes viennent même du secteur de l'enseignement. 

Puis, nous essayons d'arriver à-peu-près au même niveau, d'avoir les mêmes connaissances, la même attitude par rapport aux vols spatiaux. 

Donc nous, ce que nous devons faire, c'est apprendre à diriger un aéronef, un appareil. 

Alors on développe un niveau commun de compétences de base. 

Dans les années suivantes, nous passons à la formation avancée, à savoir les compétences techniques, soit d'apprendre à marcher à l'extérieur, nous apprenons aussi la robotique, comment s'amarrer à un autre appareil et tout autre type de procédures spatiales. 

Cela prend plusieurs années. 

Et comme vous avez aussi parlé des compétences non techniques et je suis très heureux que vous ayez posé la question car plusieurs de ces compétences non techniques soutiennent les compétences techniques, principalement lorsqu'on est confiné et isolé pendant une période de temps prolongée. 

Alors on parle ici de soins de soi, de travail d'équipe, de vie en groupe, de leadership et aussi de compétences interculturelles. 

Si vous allez vivre dans un environnement isolé et confiné pendant une bonne période, pour moi c'était une période de six mois, avec des membres d'équipe d'autres pays, de différentes cultures et de différents pays, nous devons apprendre à solutionner des problèmes, comprendre les autres idéologies. 

Donc il est très important d'avoir ces autres compétences. 

À ce moment-là, nous pouvons être une équipe productive et maintenir nos relations interpersonnelles. 

Dre Jillian Horton 

Hier, nous avons parlé d'équipe et certaines des leçons que vous avez apprises à propos du travail en équipe dans l'espace. 

Quels sont les aspects du travail en équipe que nous devons prioriser afin de pouvoir passer à travers les prochains  
mois ? 

Dr Robert Thirsk 

Plusieurs choses en fait. Une mission spatiale n'est pas tellement différente de que nous vivons à l'heure actuelle avec la pandémie de la COVID-19 et le confinement imposé. 

Nous avons un objectif de mission. 

Nous pouvons nous considérer comme étant des astronautes aujourd'hui. 

Notre objectif de mission aujourd'hui est de minimiser le taux de contamination. 

Donc tous les médecins, tous les professionnels des soins de la santé ont la possibilité d'attraper ce virus. 

Donc c'est pour cela que nous avons maintenant en place la distanciation sociale et le confinement. 

Vivre à la maison avec des êtres chers peut aussi représenter un défi. 

Assurez-vous que l'environnement de vie est bon pour tous. 

Alors très souvent, ma femme me le rappelle. 

Et il faut vraiment être attentif à ceux qui vous entourent pendant 24 heures. 

Et je suis heureux de tout simplement changer mon comportement afin de pouvoir atteindre les objectifs de la mission, ce qui permet d'avoir un environnement de vie agréable pour tous. 

Dans la station spatiale internationale, nous avons des tâches très difficile [INAUDIBLE]. 

Je vous dirais que la robotique et les marches à l'extérieur ne sont pas si difficiles. 

Mais je vous dirais que les tâches de maintien de la station ne sont pas des tâches très glorieuses. 

Mais on doit toujours tous y participer. 

Nous avons chacun notre part de travail à faire. 

Nous devons échanger le contenu ou le contenant plutôt de déchets humains. 

Alors très souvent, il faut être à l'aise de pouvoir utiliser les espaces, les toilettes sur la station spatiale. 

Et même, ça peut être aussi simple que de sortir les déchets, nettoyer les murs de la station spatiale. 

Ce sont des tâches qui n'ont pas un horaire précis, mais nous devons nous assurer que ces tâches sont exécutées afin d'avoir un environnement sain. 

Et c'est la même chose pour la maison. 

Il y a plusieurs tâches non héroïques, notamment nettoyer après les repas, sortir les déchets, balayer le sol, principalement dans cette période où nous devons atteindre cet objectif, soit de s'occuper aussi des petites tâches à la maison. 

Conflits interpersonnels, c'est sûr et certains que nous en aurons. 

Il y en a dans toutes les missions spatiales. 

J'ai été très chanceux car lors de ma mission, il y en avait très peu. 

Donc c'est comme un éléphant dans la pièce, ne laissez pas les choses s'envenimer. 

Communiquez très bien quelles sont vos attentes et essayer d'éviter toute mésentente. 

Parfois, pour un Russe, l'anglais c'est une langue seconde, donc assurez-vous de bien communiquer. C'est comme dans un bon mariage, faites des compromis. 

Je vous dirais que de façon générale, il faut faire preuve de flexibilité, s'assurer de ne pas avoir un comportement qui pourrait ennuyer ou gêner les autres. 

Donc, pour moi au cours de la mission, c'est tout simplement de toujours m'améliorer au cours de cette mission. 

Quand je reviens à la maison je vais être en santé, je vais être heureux et avoir accompli les objectifs de ma mission. 

Donc, oui je vais apporter quelques modifications à mon comportement afin de pouvoir atteindre les objectifs de la mission et que la mission soit une réussite. 

Dre Jillian Horton 

Vous avez mentionné un point important. 

Vous savez qu'en tant que médecin, la communauté médicale n'a pas toujours bien pris soin d'eux-mêmes. 

Alors j'ai vu une publication sur les médias sociaux publiée par un résident des États-Unis. 

Il disait qu'il se présente à l'hôpital et qu'il restait au travail jusqu'à ce que quelqu'un le force à quitter l'hôpital. 

Pourquoi croyez-vous que cette attitude classique des médecins pourrait nuire à notre capacité de répondre à cette crise ? 

Dr Robert Thirsk 

Lorsque j'ai commencé la mission dans la Station spatiale internationale, nous avons eu un repas en soirée. 

Mon commandant à l'époque s'appelait Gennady Padalka de la Russie et il nous a dit : « Bob, ce n'est pas la première fois que tu as fait un voyage spatial. Quelle est la différence entre une expédition dans une station spatiale et un aéronef ? » Bien tout simplement, lorsqu'on est dans l'aéronef c'est tout simplement un sprint et la station spatiale, c'est un marathon. 

Une mission courte, alors c'est tout simplement un vol avec des délais très serrés et plusieurs tâches, mais c'est différent d'une station spatiale. 

Une station spatiale c'est un temps prolongé, mais on a quand même plusieurs délais serrés. 

Donc, il est certain qu'à tous les jours nous allons travailler ardûment pendant six mois. 

Cette personne était tout à fait un maître. 

Alors lors des missions, il y a toujours des difficultés. 

Il peut y avoir des défaillances d'équipement, quelqu’un qui devient malade, une crise à surmonter. 

Et ce sont les astronautes qui sont là, mais qui ne travaillent pas à 100 %, qui détiennent ces réserves et qui peuvent prendre en charge une crise lorsqu'une crise survient. 

Plusieurs jeunes viennent me voir et me disent : « J'aimerais bien être médecin. 

J'aimerais bien être un astronaute. Que puis-je faire pour me préparer ? » La première chose que je leur dis, si vous décidez de voler avec les aigles et d'être un astronaute de premier plan ou un médecin de premier plan, vous devez prendre soin de vous au tout début. 

Mangez correctement. Combien d'entre-nous prennent une barre granola calorifique avant de retourner travailler à l'urgence ? 

Vous ne pouvez pas faire ça. 

Vous devez avoir un apport calorique nécessaire, mais aussi tous les minéraux et les nutriments nécessaires. 

Religieusement, je m'exerce une heure et demie à tous les jours ; c'est un investissement, un investissement pour le reste de ma vie et ça me donne d'excellents résultats car j'ai une endurance qui excède celle de mes autres collègues. 

Il faut faire de l'exercice. 

Il faut aussi bien dormir. 

Assurez-vous que votre corps a assez de temps pour récupérer et être prêt pour la prochaine journée. 

Nous sommes tous égaux. 

Nous avons tous la même physiologie. 

Vous vous désillusionnez si vous pensez que vous êtes un super-héros, un super-humain et que vous êtes capable de travailler 18 heures d'affilée sans avoir de conséquences futures. 

Si vous voulez voler avec les aigles, prenez soin de vous-même, gérez votre vie. 

Dre Jillian Horton 

Parlons un peu de la peur. 

Plusieurs de mes amis, collègues et résidents m'ont dit qu'ils avaient peur d'être contaminés par la COVID-19 lors de leur travail, qu'ils étaient pour en mourir. 

Plusieurs ont peur de l'attraper en raison d'un manque d'équipements personnel individuel. 

Hier, nous avons parlé un peu de peur lorsque nous faisions la préparation. 

Pouvez-vous parler de quelques mesures d'adaptation pour contrer la peur en milieu de travail, principalement lorsqu'il y a un risque personnel présent ? 

Dr Robert Thirsk 

En tant qu'astronaute, on prend des risques. 

La peur est toujours présente en arrière-plan. 

Donc mes collègues, les gens qui croient que les chances de mort et de blessures dans ce rôle, elles sont là. 

Chaque vol représente un risque de moins d’un sur cent. 

J'ai perdu plusieurs amis qui m'étaient très chers lors des désastres d'explosion. 

Je pense qu'au cours des cinquante dernières années, il y a environ 18 astronautes qui sont décédés. 

Le risque de décès est très faible par rapport aux opportunités qui m'ont été offertes. 

Il est certain que je n'étais pas toujours dans ma zone de confort, mais j'ai réalisé mon rêve d'enfance depuis que j'étais en troisième année. 

Cela a testé mes limites, autant intellectuelles que physiques. 

J'ai été fier de représenter mon pays sur la scène internationale, d'avoir la chance de travailler avec les meilleurs de ce monde, les meilleurs organismes au Canada, notamment l'Agence spatiale canadienne, la NASA. 

Alors pour un astronaute, ces avantages font un contrepoids aux risques, mais les risques sont toujours là. 

Ce que fais, lorsque j'ai peur ou je fais face à la peur, je réfléchis. 

Je fais le calcul des avantages et des désavantages face à ce risque. 

Et je fais ce que mes collègues appellent la compartimentalisation. 

Notamment lorsque vous êtes sur le point de partir, il y a plusieurs milliers de tonnes de carburant sous vous et ça pourrait exploser. 

À ce moment-là, j'ai une liste des vérifications, je sais ce que je dois faire comme tâches dans les 90 secondes qu'il me reste et mon équipe compte sur moi pour toucher aux bons interrupteurs quand nous avons plusieurs jalons. 

Nous revérifions aussi la liste des procédures d'urgence si jamais il y a quelque chose qui survient lorsque nous revenons vers la Terre. 

Donc je mets l'accent sur les tâches qui sont devant moi. 

Essayer de me débarrasser de toutes les distractions qui pourraient m'empêcher d'être à 100 % à ce moment-là. 

Donc la compartimentalisation est importante, se concentrer sur les tâches devant nous, et c'est ce qui me permet d'aller de l'avant avec les tâches à exécuter. 

Dre Jillian Horton 

Je sais que les équipements de protection individuelle ne sont pas les mêmes que ceux que vous utilisez lorsque vous êtes un astronaute, mais cela aussi représente un obstacle à la bonne communication. 

Quels conseils pouvez-vous donner pour essayer de maintenir les meilleurs canaux de communication lorsqu'on offre des soins et qu'on est entièrement vêtu d'un équipement de protection individuelle ? 

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Dr Robert Thirsk 

Bien, tiens c'est une question très originale. 

C'est la première fois qu'on me la pose, merveilleux. Mais vous avez raison. 

Lorsque nous sommes à l'intérieur de notre combinaison, c'est une combinaison de 100 kilos et on a tout un système de survie. 

Nous sommes capables de nous entendre, nous sommes capables de communiquer avec les gens au sol. La communication n'est pas parfaite même au sein de la Station spatiale internationale. 

Même lorsqu'on est en T-shirt et en short, il est très difficile de comprendre nos collègues. 

On a un niveau de bruit sonore très élevé. 

Nous travaillons... En fait, les moteurs, les compresseurs fonctionnent 24 heures par jour tous les jours et ça rend la communication très difficile. 

Donc nous devons penser à d'autres façons de communiquer. 

Très souvent, on fait beaucoup de mimiques. 

Donc on élabore plusieurs signes de la main lorsqu'on veut se parler à une certaine distance. Nous utilisons aussi la même terminologie, notamment je t'entends, d’accord et certains autres mots clés. 

Je vous dirais que je dois possiblement avoir deux ou trois gènes méditerranéens, vous savez. 

Alors, on utilise beaucoup les mains pour parler, c'est une très bonne façon de communiquer. 

Alors c'est une très bonne façon d'accompagner la communication verbale. 

Et puis votre sourire, très important. 

Cela communique que vous êtes en contrôle de la situation. 

Lorsque je revois certaines des vidéos et des images de mes missions antérieures, tous mes collègues affichent cet énorme sourire. 

C'est tout simplement qu'on s'amusait et nous communiquions l'un à l'autre que nous étions en train de nous amuser. 

Lorsqu'on a un équipement de protection individuelle, utilisez le langage corporel. 

Laissez savoir aux autres ce que vous pensez et souriez à tout moment. 

Démontrez que vous êtes en contrôle. 

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Dre Jillian Horton 

Alors que vous en parliez, il est tellement facile d'avoir un membre d'équipe, de décourager tout le monde si on ne maintient pas ce genre de comportement. 

Dr Robert Thirsk 

Oui, il est très important d'avoir une approche positive à ce qui se passe et l'une des premières choses que nous apprenons lorsqu'on doit prendre soin de soi-même. 

Lorsque quelqu'un nous dit quelque chose ou fait un geste, parfois, on peut mal l'interpréter et ça peut nous ennuyer pendant le restant de la journée. 

En fait, l'autre personne n’avait aucune mauvaise intention. 

Cela dépend de votre interprétation personnelle. 

Très souvent, c'est que l'anglais est la langue seconde ou que c'est une question de culture. 

Alors moi, je suis Canadien, j'ai une culture canadienne. 

Donc, il est très important que s'il y a une mésentente, demandez une clarification. 

Très souvent, c'est tout simplement une mauvaise communication. 

Donc c'est très important de clarifier la situation plutôt que de sauter au cou de l'autre personne. 

Dre Jillian Horton 

Nous avons presque terminé, mais avant de conclure, je sais et vous savez que nos collègues font face à un vaste éventail d'émotions. 

Vous avez perdu des amis, lorsque Columbia a explosé et vous avez un point de vue par rapport à la mortalité et par rapport au risque. 

Aujourd'hui, nous faisons face à un moment historique en médecine. 

Quels sont vos derniers commentaires alors que nous passons par cette période difficile ? 

Dr Robert Thirsk 

Les vols spatiaux ne sont pas seulement qu'une expérience professionnelle, c'est aussi une expérience personnelle. 

Nous avons tous des objectifs personnels aussi. 

Mais être là en haut pendant six mois et de travailler dans un milieu international avec des collègues qui viennent de d'autres pays et de regarder par le hublot et de voir la Terre tout en bas, c'est incroyable. 

Dans les premiers jours, à chaque fois que je voyais ma ville ici au Canada, j'appelais un collègue et je lui disais : « Regardez, c'est là que j'habite. » Après quelques jours, ce n'était plus important. 

Je commençais à reconnaître mon continent. 

Après deux ou trois semaines, c'était tout simplement la Terre. 

Je suis fier d'être Canadien, mais j'étais aussi très fier d’être un citoyen de la planète Terre. 

En orbite, on s'aperçoit que tout est un, tout est interconnecté. 

Quand j'utilise le mot interconnections, ce n'est pas une question seulement géologique, théologique etc. 

Très souvent en Sibérie, on voyait une petite fumée qui s'élevait et qui passait l'océan Atlantique au complet. 

Parfois, on pouvait voir une dépression météorologique qui commençait au Sud de l'Atlantique et qui se développait en un ouragan de catégorie quatre ; nous pouvions voir le développement. 

Donc on peut voir plein de petites choses en orbite. 

On voit bien que l'air, la terre, les écosystèmes, la faune, la flore, tout est interconnecté. 

Lorsque que quelque chose arrive à un moment donné à un certain endroit de la planète, cela aura des répercussions ailleurs. 

C'est un peu comme le corps humain. 

Si jamais on a un patient qui ne va pas très bien ou qui ne fait pas attention, cela peut avoir des répercussions sur son système rénal, sur son système visuel et ça, c'est tout simplement parce qu’un petit noyau de cellules ne produisent pas l'insuline nécessaire. 

Donc il y a plein de petites interconnections qui contrôlent le système du corps humain. 

Sur la Terre, c'est la même chose. 

Dans le corps humain, il y a des petits éléments qui contrôlent les infections virales. 

Ce qui est devenu le plus apparent pour moi, c'est que plusieurs des enjeux sur lesquels je mettais l'accent avant le vol, alors le Parlement canadien, mes activités dans ma collectivité, étaient de moins en moins importants alors que le temps passait et alors que je voyais qu'en fait, on parlait de la survie de la population humaine, des inégalités, des dommages que l'on faisait à l'environnement. 

Lorsque je regardais par le hublot de la Station spatiale internationale, c'était tellement clair pour moi. 

J'aimerais bien que tout le monde sur la planète ait la possibilité d'aller en orbite. 

En fait, regardez par la fenêtre chez vous pendant trois jours. 

Cela va certainement vous donnez une autre perspective de ce qu'est la civilisation, de ce qu'est l'humanité et la promesse de cette collaboration internationale qui nous fait face. 

Alors ces voyages interspatiaux m'ont vraiment changé. 

Dre Jillian Horton 

Je pense que nous pourrions extrapoler. 

Après cette crise de la COVID-19, même si on voit que la période est difficile pour l'instant, il pourrait y avoir certains avantages, certains bienfaits pour la médecine et comment nous nous retrouvons dans ce grand panorama. 

Dr Robert Thirsk 

Vous avez raison. 

L'une des pratiques que j'ai intégrées dans ma vie, ce sont des débriefings. 

J'ai toujours appris des leçons. 

Lorsque je revenais d'une séance de formation, je prenais trente minutes pour y réfléchir ; qu'est-ce qui avait bien été lors de ma formation, ce qui avait mal été. 

Après chaque mission, comme je vous le dis, il n'y a aucune mission qui est parfaite, il faut y réfléchir. 

Cela nous permet de comprendre, car vous savez, d'autres astronautes viendront après nous, d'autres pilotes viendront après nous. 

Aujourd'hui avec la COVID-19, c'est un phénomène mondial sans précédent, jamais on n’a vu quelque chose comme ça. 

Cela nous force à nous asseoir, à y réfléchir. 

Nous n'étions pas prêts pour l'éclosion de COVID-19, cela nous a pris par surprise et de voir la portée de cette crise. Nous allons en parler pendant les décennies à venir et nous seront peut-être prêts pour la prochaine. 

Dre Jillian Horton 

J'aimerais conclure en disant merci d'avoir partagé votre expérience avec nous et d'avoir un différent point de vue face à la situation, si vous êtes capable de survivre 204 jours d'isolation en espace. 

Dr Robert Thirsk 

Oui. On avait, des objectifs de mission vous savez et chaque membre de l'équipe spatiale pouvait influencer la qualité de vie au sein de la station. 

Alors, il fallait vraiment mettre en place ces objectifs. 

Alors merci beaucoup, merci à tous ceux qui sont à l'avant-plan. 

Merci au médecin, c'est toute une mission, c'est une mission très difficile, je respecte votre travail. 

Dre Jillian Horton 

Merci beaucoup. 

Alors je m'adressais au médecin et astronaute Docteur Robert Thirsk. 

Je suis Jillian Horton. Merci beaucoup de vous être joint à nous pour la deuxième de cette série de conférences COVID-19 présentée par Joule. 

Merci beaucoup à tous et je vous vois sous peu. 

Merci. 


Maintenir un excellent rendement en période de stress

Durée : 28:18

Jason Brooks

Jason Brooks, un psychologue de la performance qui travaille avec des médecins, vous apprendra comment ces derniers peuvent maintenir leur niveau d’énergie, tant mentale que physique, en temps de crise.

Lire les notes de l’épisode

Dre Jillian Horton 

Bonjour et bienvenue à la série d'apprentissages des médecins sur la COVID-19, présentée par Joule et l'Association médicale canadienne. 

Je suis la docteure Jillian Horton, interniste généraliste, écrivaine et baladodiffuseuse. 

Je suis votre hôte pour ce webinaire. 

Nous savons que cette crise se déroulera sur plusieurs mois, sinon des années. 

Jamais auparavant dans l'histoire de notre profession avons-nous eu à travailler et à performer dans des circonstances si difficiles. 

Dans ce webinaire, nous voulons vous expliquer à quel point il est essentiel d'avoir à portée de main des stratégies personnelles de gestion de la fatigue et du stress et de les mettre en œuvre. 

Docteur Jason Brook se joint à moi. 

Il détient un doctorat en psychologie de la performance. 

Il encadre depuis longtemps des médecins qui œuvrent aux soins intensifs et d'autres intervenants qui occupent des postes très exigeants. 

Jason, merci de vous joindre à nous aujourd'hui. 

Jason Brooks 

C'est toujours un plaisir d'être avec vous. 

Dre Jillian Horton 

Bon, vous avez pu pénétrer la psyché de nos professionnels et vous comprenez très bien ce qui nous motive en tant que performeur. 

Pouvons-nous d'abord voir les caractéristiques de l'état d'esprit des médecins qui représentent les forces et les faiblesses de nos approches personnelles et organisationnelles qui nous permettront de passer à travers cette  
pandémie ? 

 Jason Brooks 

Je crois évidemment que l'aspect logistique et analytique nous dessert très bien face à la rapidité époustouflante des modifications apportées aux protocoles et procédures. 

Les gens sont très aptes et s'y adaptent et s'assurent toujours d'être au courant. 

J'assume aussi que la surinformation peut nuire. 

L'idée est que d'avoir trop d'information pourrait nuire au moment dédié à la récupération et au détachement. 

Nous avons d'excellentes équipes en place, qui respectent les directives et qui travaillent bien ensemble, mais je crois que le climat émotionnel a beaucoup changé au cours de la crise de la COVID-19. 

Peut-être qu'il est temps de renforcer davantage les équipes et la communication. 

C'est un moment dans l'histoire de la profession médicale où la collégialité, les encouragements, la civilité et la surcommunication deviennent des éléments essentiels. 

C'est le moment maintenant. 

Ce sont des compétences et des attributs que les gens apprennent très rapidement à la volée. 

Car comme n'importe quoi, nous devons ramener ces compétences à l'avant-plan. 

Donc à tous les jours, lorsque nous commençons à travailler, essayer d'être motivé et bien ancré, être capable de prendre soin les uns des autres et être capable de ralentir au moment opportun et ce sont des situations qui ne sont pas nécessairement courantes. 

Dre Jillian Horton 

Juste pour poursuivre sur cette idée, nous savons qu'il y a certains aspects de l'identité du médecin qui peut aller de l'adaptation, la bonne adaptation à la mauvaise adaptation. 

Lorsqu'on examine la situation actuelle, quels sont les enjeux personnels que vous remarquez ? 

Jason Brooks 

Il y a tellement de médecins qui sont dans cette profession qui sont là car ils veulent prodiguer des soins. 

Plusieurs des décisions et des politiques qui forcent la prise de décision vont à l'encontre de la façon dont on voudrait faire les choses. 

Cela peut être la source d'un niveau d'anxiété très élevé pour des gens qui font preuve de beaucoup de compassions. 

Être capable de surmonter ces sentiments, avoir un plan et de pouvoir se serrer les coudes pour se soutenir et faire front ensemble permettra de passer à travers cette crise là et de bien guérir au cours de ce processus alors que nous faisons face à cette crise en nous soutenant l'un et l'autre. 

C'est vraiment une très bonne considération. 

Dre Jillian Horton 

Vous avez travaillé avec beaucoup de médecins auparavant sur la question de la performance et de l'anxiété. 

Sous des conditions normales, quelle est votre approche pour contrer l'anxiété en milieu de travail ? 

Et comment pouvons-nous utiliser ça face à cette crise ? 

Jason Brooks 

Disons que vous êtes stressé et que vous avez peur et ce, à tous les jours, plusieurs professionnels de la santé, des médecins, y font face tous les jours. 

Mais aujourd'hui, nous faisons face à une situation sans précédent. 

À tous les jours, aujourd'hui, il y a un risque, un risque d'avoir de mauvais résultats, un risque d'erreur qui peut mener à un décès. 

La différence aujourd'hui, c'est que cela peut aussi toucher le prestataire de soins de santé. 

Cela peut élever le niveau de stress, le niveau d'anxiété. 

Pour moi aujourd'hui, je suggérerais aux gens quelque chose, quelques éléments. 

La peur, la peur serait quelque chose que nous pourrions utiliser à notre profit. 

Il est sûr et certain que je ne voudrais pas être dans cette situation avec la COVID-19 sans avoir peur, car vous le savez, la peur est une émotion qui peut vous maintenir alerte, vous maintenir en sécurité et éviter de faire des erreurs. 

Cependant, quand le niveau de peur est trop élevé, cela peut nous pétrifier, nuire à notre prise de décision. 

Nous devons contrer la peur de certaines façons. 

Je vous recommanderais d'abord, et peut-être que les gens pourraient me dire que je suis en faveur d'une double personnalité, ça fait partie de votre personnalité, vous avez besoin d'un système de défense pour vous maintenir en sécurité, mais vous devez laisser cette peur faire son travail. 

Lorsque vous avez peur, prenez un instant, parlez à quelqu'un, essayez de visualiser ça. 

Imaginez un ami imaginaire, un de vos enfants, quelque chose qui fait partie de vous mais qui est à l'extérieur. 

Je vais vous poser une question. 

Si vous avez peur, disons qu'allez-vous dire à une personne que vous aimez, à un être cher, si elle a peur ? 

Vous allez faire preuve de compassion. 

Donc ayez cette conversation avec votre peur. 

Habituellement, nous avons besoin de deux choses pour la dissiper ou pour l'atténuer. 

Sachez, il faut reconnaître cette peur et vous devez aussi expliquer que vous avez certains éléments pour essayer d'atténuer cette peur face à la menace. 

Donc ce sont deux choses que nous pouvons faire. 

Avoir un certain niveau de certitude dans cette situation tellement incertaine. 

Peut-être que nous n'aurons pas de réponse aux questions mondiales, à savoir à quel moment la pandémie va terminer, est-ce que je vais pouvoir m'en sortir. 

Ce sont des questions pour lesquelles nous aimerions bien avoir une réponse, mais il y a plusieurs choses, lorsque nous sommes dans un état de peur, qui nous empêchent de bien nous concentrer. 

Si nous pouvions nous concentrer, nous serions beaucoup plus confiants et aurions beaucoup plus de certitudes. 

Soyez confiant, la situation est très intense à l'heure actuelle, mais vos tâches sont les mêmes, votre travail est le même et ceux qui travaillent sont très bien formés, ont beaucoup d'expérience. 

Sûr et certain, nous devrons peut-être changer un peu les procédures, mais les tâches et le travail qui nous attendent sont les mêmes. 

Pensez à votre équipe, les gens qui vous entourent, cette énergie qui vous entoure, cela vous permettra de passer à travers des moments très difficiles. 

On a toujours réussi à passer à travers des moments difficiles. 

Lorsque vous faites face à la peur, changez votre façon de penser. 

Pensez à des moments de certitudes, créez ces images ; cela accroît notre niveau de confiance, cela accroît notre niveau de sécurité. 

C'est vraiment une grande étape à franchir. 

On peut planifier face à la peur, ce peut être très utile. 

Lorsque vous prenez un peu de recul, posez-vous la question, de quoi ai-je peur? 

Depuis plusieurs semaines, les médecins sont préoccupés par rapport à leur propre sécurité et à la sécurité des membres de leur famille. 

Ayez ces conversations, n'essayez pas de poser des hypothèses. 

Essayez de trouver une solution. 

J'ai eu une conversation avec un médecin il y a peu de temps qui avait peur d'exposer les membres de sa famille et je lui ai dit : « OK parlons-en. 

Prenons un peu de recul. 

À quel moment est-ce que ce serait trop pour vous et que vous devez vous retirer de votre travail ? » Il m'a répondu que dans le pire des cas, qu'est-ce qu'il ferait ? 

Quel serait le plan ? 

Allez-vous quitter, vous éloigner de votre famille, de votre conjoint, de vos enfants ? 

Il faut y penser. 

À ce moment-là, on réduit une partie de l'anxiété. 

Les astronautes le font à tout moment, c'est leur travail. 

Ils essaient de penser à la pire situation possible et essaient de penser à des solutions. Et lorsqu'une situation survient, ils savent comment réagir en quelques instants et à ce moment-là, on n'a plus besoin d'être préoccupé. 

Donc avec ce médecin, nous avons pris un peu de recul et finalement, cette personne avait quelques préoccupations encore une fois et on a commencé à penser plutôt de façon créative : peut-être installer un lit dans le sous-sol, avoir une façon de recevoir ses repas. 

Donc on a pu apaiser les peurs de ce médecin car il y avait un plan en place. 

L'autre chose qui nuit à la peur, ce sont les faits. 

Lorsqu'on sent une menace, parfois on oublie les faits. 

Il est très utile d'accroître sa confiance et sa paix d'esprit en pensant aux faits. 

Très souvent les faits peuvent atténuer les peurs. 

On a beaucoup d'entreprises qui se sont portées volontaires pour produire des équipements de protections individuelles. 

Ils veulent s'assurer que vous ayez l'équipement nécessaire. 

Il y a eu des changements mondiaux, principalement où il y a eu des éclosions de la COVID-19 auparavant. 

Certaines procédures ont été adoptées. 

Ici au Canada, si on se compare aux autres pays, nous examinons ce qu'ils ont fait pour préparer nos plans. 

Alors cela nous permet de nous préparer et ce, sans tenir compte de notre capacité personnelle, de notre expérience personnelle, le fait qu'on a déjà travaillé dans des conditions très difficiles auparavant. 

Nous ne faisons pas face à cette crise complètement désarmés. 

Tous ce que nous avons pour rester en sécurité est là. 

Nous n'avons qu'à en tirer profit. 

La peur de l'incertitude en fait, la meilleure solution, c'est de mettre l'accent sur ce que vous pouvez faire. 

Alors au lieu de penser à ce qui nous manque et de poser des hypothèses, si vous êtes incapable de répondre à des questions de façon satisfaisantes, vous ne faites que souffrir. 

Prenez un peu de recul, concentrez-vous sur ce que vous pouvez faire maintenant et sur ce que vous pouvez faire tous les jours. 

Vous contribuerez à l'efficacité, à votre sécurité, à la sécurité de votre équipe. Mettez votre énergie à cet endroit et vous allez vous sentir beaucoup mieux. 

Alors il s'agit d'accepter ce qui se passe. 

C'est un principe de philosophie lorsque vous êtes capable d'accepter la situation en tant que telle. 

C'est sûr et certain que nous n'aimons pas la situation comme elle est présentement, mais parfois on se dit : « J'ai besoin de ce petit brin d'énergie supplémentaire. » C'est comme un marathon. 

Nous ne sommes pas en train de faire une course à pleine vitesse. 

Nous devons résister et il n'y a pas d'idées qui tourbillonnent dans ma tête qui m'aideront à trouver des solutions et apaiser mes peurs. 

Concentrez-vous sur les choses qui sont importantes : un bon travail, une bonne communication, un bon travail d'équipe. 

Il y a beaucoup de choses qu'on peut faire aujourd'hui pour essayer d'être un pas à l'avant face à cette incertitude. 

Lorsqu'on est dans cet état, notre esprit n'est pas à 100 %. 

Nous devons changer la façon dont nous réfléchissons. 

Dre Jillian Horton 

Jason, bien avant les simulations en médecine, vous et vos collègues parliez de répétitions. 

Pouvez-vous parler du rôle de la répétition, le rôle de la répétition mentale face à crise à laquelle nous faisons face ? 

Jason Brooks 

Certainement. 

Aujourd'hui, nous pouvons utiliser la répétition mentale pour une question de sécurité. 

Je vous explique. Toutes les politiques et les procédures par rapport à l’équipement de protection individuelle, c'est tout nouveau. 

Nous ne sommes pas habitués à prendre quelques instants et lire ces protocoles. 

Donc, nous devons faire beaucoup de répétitions mentales car nous n'avons pas eu le luxe d'avoir une formation à l'utilisation quotidienne des équipements de protection individuelle. 

Donc si j'utilise la répétition mentale, dans cet exemple, pour moi, je le ferai de la façon suivante. 

Je m'imagine dans une situation où disons la situation est tout à fait chaotique et je passe d'un patient à un autre. 

Très évidement je pourrais être distrait. 

La façon de revoir cette scène dans ma tête est de prendre les données que je détiens, voir quelles sont les expériences qui me distraient et la distraction est vraiment mon ennemi. 

Si je suis trop distrait, cela pourrait être la différence entre éviter une erreur et une erreur fatale. 

Donc je prends toutes les données à ma disposition. 

Je la revois dans ma tête, voir comment je peux répondre, donc j'anticipe mes agissements. 

Essayer d'éviter d'avoir des distractions mentales. 

Je me vois en train de ralentir, de prendre une pause, peut-être que je peux utiliser un mot clé. 

Je me vois en train de m'habiller et de m'habiller correctement, m'assurer que toutes les attaches sont bien fermées. 

Je me vois effectuer la procédure au complet puis, prendre une pause et me voir en train de me déshabiller. 

Et c'est d'avoir aussi un énoncé que tous les membres de mon équipe puissent utiliser. 

Donc avant de faire quoi que ce soit, réfléchir à ce que nous allons faire avant de retirer tout cet équipement de protection personnelle. 

Alors de revoir cette histoire dans ma tête, revoir ce récit. 

Votre esprit ne sait pas si c'est vraiment une perception ou la réalité. 

J'essaie de former mon esprit à exécuter une séquence de gestes. 

Je peux prendre deux minutes à tous les jours avant même de commencer mon travail. 

Je peux le faire lors d'une pause santé. 

Cette répétition mentale va renforcer mon esprit, me permettre d'agir et de poser les gestes qui vont assurer ma sécurité. 

Dre Jillian Horton 

Jason, parlons maintenant des transitions. 

Ces transitions sont des moments dans la journée qui peuvent vous permettre de créer des changements de façon intentionnelle. 

Comment pouvons-nous utiliser la transition dans notre travail ? 

Jason Brooks 

La transition lors d'un quart de travail nous permettra de nous assurer que notre esprit très occupé ne nous mette pas en danger. 

Le temps de prendre, je vous dirais, une bonne respiration, bouger plus lentement, être plus conscient, ignorer les distractions. 

Il faut vraiment prendre quelques secondes, prendre une pause mentale. 

Prenez une bonne respiration, essayez de reconnaître vos sentiments, essayez de trouver une solution. 

Si jamais vous devez le mettre dans le stationnement pour y revenir plus tard, vous pouvez le faire. 

Prenez cet instant pour réduire le niveau d'anxiété, pour vous aider à ralentir, pour être présent dans le moment présent pour vous attaquer à la prochaine tâche. 

Vous pouvez le faire, peut-être une centaine de fois lors d'un quart de travail. 

C'est très important de gérer les transitions lorsque vous êtes sur le point de quitter le travail pour retourner chez vous et la même chose, une fois à la maison que vous allez quitter pour aller à l'hôpital. 

Alors lorsque vous arrivez à la maison, réfléchissez à votre journée. 

Donc je vous invite d'aviser les membres de votre famille, de votre équipe familiale, de ce qu'ils doivent faire pour vous aider à faire la transition émotionnelle. 

Parfois, certaines personnes ont besoin d'un 15 minutes de solitude pour ralentir, réfléchir à ce qui s'est passé durant la journée. 

Peut-être qu'une personne veut être seule pour quelques instants. 

Il faut en parler avec les membres de votre famille. 

À ce moment-là, votre famille sera en mesure de vous soutenir pour faire cette transition mentale, de laisser le stress au travail, de côté et ça vous permettra de récupérer à long terme. 

Soyez très attentifs. 

Lorsque vous terminez un quart de travail très difficile, principalement au cours de cette crise, pensez à l'information qui circule. 

Les courriels circulent à toutes les cinq minutes, il y a des mises à jour constantes. 

Si vous allez passer toute la soirée à lire les dernières mises à jour, cela va nuire à votre transition en soirée. 

Prenez un instant précis. 

Si vous ne travaillez pas avant le lendemain matin, vous n'avez qu'à lire les dernières mises à jour avant le début de votre quart de travail. 

Prenez un trente minutes à la fin de votre soirée pour lire, levez-vous peut-être un peu plus tôt le lendemain matin afin de retourner à ces mises à jour. 

Vous allez de voir de toute façon qu'il va y avoir des changements tout au long de la nuit. 

Ne laissez pas ces changements constants interférer avec votre journée et le matin, prenez le temps de vous lever tôt, prévoir votre journée, réfléchissez, pensez à vos sentiments. 

Qu'est-ce que je peux apporter à mon équipe qui pourrait être utile ? 

Que puis-je faire avec ces pensées et ces émotions ? 

Lorsque vous y réfléchissez, vous êtes capable de mettre un peu de côté cette peur et de la mobiliser pour vous aider à agir. 

Lorsque vous commencez votre journée, vous êtes beaucoup plus concentré, beaucoup plus énergétique, car vous avez déjà un plan. 

C'est comme si vous avez fait un réchauffement mental. 

C'est comme aller au gym, vous êtes capable de faire un petit réchauffement face à l'exercice que vous allez faire. 

Une autre stratégie très pratique aussi, vous assurer que vous êtes bien là au moment de commencer votre travail, car cela peut aussi influencer votre sécurité aussi. 

Pensez-y bien. 

Dre Jillian Horton 

J'aimerais aussi que vous parliez de contagion, comme vous le voyez dans votre monde. 

Est-ce que cela nous aide à nous remonter ou à nous abaisser ? 

Jason Brooks 

Nous sommes dans une période de contagion mondiale. 

Ça fonctionne de la même façon sur le plan psychologique. 

Pensez à l'attitude et à l'énergie que vous avez lorsque vous arrivez au travail. 

Cela a un effet contagieux autour de vous. 

C'est une approche simple. 

Donc pensez-y. 

De quoi ont besoin les membres de mon équipe ? 

Que puis-je faire moi-même sur la façon dont je communique, le soutien que j'offre, l'empathie dont je fais preuve, la civilité dont je fais preuve ? 

Que puis-je faire? 

C'est le genre d'énergie qui est très utile, principalement lorsque les gens autour de vous sont stressés, épuisés, qu'ils font face à toute cette anxiété. 

Et l'opposé est tout à fait vrai aussi. 

Si j'arrive au travail avec un état, des pensées négatives, de façon épuisée, cela va avoir un impact immédiat sur votre environnement. 

Quel est le niveau d'énergie optimale dont vous avez besoin ? 

Vous devez rester calme et vous devez faire preuve de courage. 

Vous devez faire un effort. Lorsque j'arrive au travail tous les jours, c'est l'énergie qui va aider les autres et remonter les autres. 

Ce sera un processus ardu. 

Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour optimiser et maintenir le niveau d'énergie sur le long terme. 

Nous devons utiliser cette énergie que nous avons, nos réserves, pour aider à maintenir ou soutenir les autres aussi. 

Dre Jillian Horton 

Dernière question pour vous Jason. 

Vous savez et nous savons bien que les médecins n'aiment pas trop cette approche prescriptive au bien-être. 

Que voulons-nous que les médecins et les travailleurs de première ligne fassent pour gérer leur fatigue et prendre soin d'eux au cours des prochains mois ? 

Jason Brooks 

Encore une fois, pensez à cette idée de récupération. 

Il est tout à fait essentiel, lorsque vous rejoignez les points, lorsque vous êtes fatigué, distrait, le risque est plus élevé d'avoir des erreurs. 

Les erreurs ont des répercussions, non seulement sur les patients, mais aussi sur la sécurité des prestataires de soins de santé. 

Nous devons essayer de récupérer de façon efficace. 

Nous serons beaucoup plus performants le lendemain. 

Il y a des points assez simples. 

Vous savez, ce sont des choses que nous devrions faire tous les jours, en dehors de la crise. 

Nous devons nous reposer le plus possible, essayer de bien nous alimenter et de bien nous hydrater. 

Nous devons aussi nous assurer de faire de l'exercice. 

Lorsque je parle d'exercice, ce sont des exercices avec des mouvements. 

On peut faire des étirements, du yoga, du Pilates ; cela peut réduire la tension musculaire. 

Écoutee de la musique, cela peut permettre de relâcher vos muscles. 

Vous devez essayer aussi de trouver des moments pour être immobile. 

C'est un peu différent de la méditation. 

La méditation est différente de l'immobilisation, de l'immobilité. 

Vous pouvez tout simplement... Très souvent, il y a des gens qui peuvent écouter de la musique rock en passant l'aspirateur. 

C'est un moment d'immobilité en moment de crise. 

Ce sont des petites stratégies, des petites stratégies qui peuvent vous aider à trouver le sommeil. 

Notamment des respirations profondes ; cela aide beaucoup à trouver le sommeil en moment de stress. 

Prenez de grandes respirations par le nez en comptant jusqu'à deux ou trois. 

Puis au moment d'expirer, expirer par le nez. 

Elle doit être deux fois plus longue que l'inspiration. 

Il existe une raison physiologique et neuroscientifique sous-jacente. 

C'est à l'expiration que vous stimulez le système parasympathique, qu'on contourne tout ce que nous faisons, nous allons directement au tronc cérébral pour nous aider à relâcher, réduire la tension mentale. 

Alimentez votre esprit avec des choses qui pourraient vous aider. 

Essayer d'atténuer ce qui se passe dans votre subconscient, d'éloigner la peur. 

Assurez-vous de prendre quelques instants, de voir quels sont les aspects positifs de ce qui se passe autour de vous, ce que c'est que de desservir la population, d'utiliser votre talent au bien de la population, voir ce qui se passe dans d'autres centres. 

On peut même avoir la chair de poule lorsqu'on voit les gens à New York, à Vancouver qui applaudissent les médecins depuis leur balcon. 

À New York, un médecin de New York a dit que le message est bien reçu. 

En applaudissant, on reconnaît qu'il y a des gens qui récupèrent, qu'il y a du travail qui est fait. 

Cela rassemble les gens. 

Jamais auparavant on a vu autant de collaboration au sein des hôpitaux. 

Car il y a un autre aspect à cette histoire. 

Lorsqu'on parle de bien-être, évitez d'écouter CNN, d'évitez d'écouter la télévision. 

La pire chose à faire en arrivant à la maison, c'est de voir le dénombrement des décès durant la journée. 

Ce n'est pas positif, les chiffres sont à la hausse, vous n’en avez pas besoin. 

Vous devez tout simplement vous détacher et essayer de récupérer. 

Dre Jillian Horton 

J'aimerais conclure aujourd'hui, en vous remerciant, Jason, d'avoir partagé aujourd'hui, vos connaissances et votre expérience en matière de performance. 

Merci. 

Jason Brooks 

J'apprécie ce que vous faites aussi. 

C'est inestimable pour tout le monde. 

À vous tous, j'aimerais vous remercier. 

Merci pour le 1 % d'entre vous qui faites face à cette crise et au 99 % des autres qui sont là et qui vous observent. 

Nous vous soutenons. 

Merci beaucoup de votre travail. 

Dre Jillian Horton 

Merci beaucoup de ce que vous faites, merci Jason. 

Jason Brooks 

Merci Jill. 

Dre Jillian Horton 

Je suis Jillian Horton. 

Merci de vous être joint à nous pour cette série de webinaires COVID-19 alimentée par Joule. 

Prenez soin de vous. 

Merci pour tout ce que vous faites. 

Et on vous verra sous peu. Merci. 


À bout de souffle : rester en santé durant les périodes difficiles

Durée : 20:48

Maryam Hamidi

Membre de l’équipe du WellMD and WellPhD Center de la Faculté de médecine de Stanford, Maryam Hamidi dirige des initiatives de promotion d’une culture de bien-être. Elle révèle ici quelques trucs pratiques sur la gestion de l’alimentation et du sommeil durant les périodes de grand stress et lorsque la charge de travail est particulièrement élevée.

Lire les notes de l’épisode

Dre Jillian Horton 

Bonjour et bienvenue à la série d’apprentissages des médecins COVID-19 présentée par Joule et l’Association médicale canadienne. 

Je suis la Dre Julian Horton, interniste généraliste, écrivaine et balladodiffuseuse. 

Je serai votre hôte aujourd’hui. 

Lorsqu’on parle de santé, les médecins sont très souvent la première source d’information pour le patient. 

Mais nous savons tous que les défis inhérents à la pratique médicale rendent la tâche difficile de maintenir des comportements sains dans nos propres vies. 

Ces défis risquent d’être encore plus difficiles. 

Il est de plus en plus essentiel d’adopter des pratiques qui sont réalistes et qui nous donnent un bon rendement au cours des prochains mois. 

Je suis accompagnée de Marianne Midi, membre de l’équipe de Well MD de Standford Medicine, où elle dirige une initiative visant à promouvoir le bien-être, les soins personnels et la santé. 

Marianne, pendant la pandémie COVID-19, de nombreux médecins donnent la priorité aux soins intensifs de première ligne sur tout le reste. 

Pouvez-vous nous dire comment la nutrition influence le rendement des médecins dans de véritables conditions? 

Maryam Hamidi 

Très souvent, lorsque nous sommes très occupés, on oublie nos besoins de base. 

Notamment, le sommeil, la nutrition, l’hydratation. 

Et très souvent, l’hypohydratation peut influencer notre niveau d’attention, notre niveau d’alerte. 

Cela peut aussi influencer notre jugement. 

Nous sommes plus enclins à faire des erreurs. 

À ce moment, nous pouvons prendre de mauvaises décisions. 

Cela peut aussi influencer la mémoire à court terme. 

Il est donc très important de maintenir un bon niveau d’hydratation. 

C’est vraiment le geste le plus simple à faire. 

Très souvent, vous n’avez qu’à transporter avec vous une bouteille d’eau et prendre de petites gorgées à tout moment, afin de maintenir un bon niveau d’hydratation. 

Habituellement, la couleur de votre urine devrait être plutôt de couleur jaune. 

Si c’est plutôt comme du jus de pomme, vous devez accroître votre apport d’eau. 

Si vous êtes plutôt un buveur de café ou de thé, cela mène à de la déshydratation. 

Ce serait bien aussi de manger des légumes et des fruits, pour avoir un bon apport de vitamines et minéraux qui pourrait vous aider de façon générale pour votre santé. 

Mais ces deux types de produits contiennent aussi de l’eau, qui peut vous aider au cours de la journée. 

Comment pouvez-vous faire? 

Vous pouvez simplement transporter avec vous un petit sac avec des raisins, des carottes, des bleuets, de petits aliments faciles à glisser dans la poche. 

Vous pouvez aussi couper des pommes au préalable. 

Sinon, prenez de petits aliments, des baies, des petites carottes. 

Nous savons qu’une alimentation élevée en sucre et en gras saturés peut vraiment influencer votre humeur au fil de la journée. 

Vous devez aussi penser à la qualité de votre sommeil. 

Tout cela peut devenir un cercle vicieux. 

Nous avons fait une étude auprès de médecins, ceux qui avaient une alimentation élevée en légumes, feuilles vertes et légumineuses, avec un faible apport en sucre et gras saturés dormaient beaucoup mieux. 

Ils avaient moins de somnolence diurne. 

Alors nous devons adopter des comportements qui peuvent nous aider. 

Nous allons nous sentir moins fatigués. 

Nous devons éviter les gras saturés. 

Et lorsqu’on combine tous ces aliments, nous aurons des difficultés à dormir. 

Alors il faut vraiment briser ce cercle. 

Lorsqu’on parle d’aliments sains, parfois il est difficile d’y avoir accès, principalement avec la COVID-19. 

Plusieurs organismes d’alimentation aident à fournir des collations et des breuvages sains à nos professionnels de la santé. 

C’est une façon de demander des dons d’aliments sains au cours de cette période. 

Parfois, si la charge de patients diminue au sein de l’hôpital, parce que très souvent, on peut éliminer certaines chirurgies, ce serait bien d’avoir un repas sain durant la journée. 

Nous sommes tous dans le même bateau, nous pouvons nous serrer les coudes et prendre soin non seulement des patients, mais aussi de nous. 

Et cela soutiendra l’effort collectif. 

Dre Jillian Horton 

Certaines villes sont en plein milieu d’une crise et nous savons qu’il y a une tendance à travailler de quarts de travail de 24 à 36 heures. 

Un peu comme lorsque nous étions en formation. 

Pouvez-vous parler des études sur le rendement du médecin et le manque de sommeil? 

Car nous aurons tendance à revenir à ce genre de tendance plutôt qu’à des horaires réguliers. 

Maryam Hamidi 

Lorsqu’on parle du sommeil, des études antérieures ont démontré qu’un manque de sommeil est semblable à avoir trop bu. 

Notre niveau d’attention fluctue. 

On peut avoir de petits moments d’inattention. 

Très souvent, lorsqu’on est résident, on se réveille, on examine un patient, on est si épuisé qu’on tombe endormi devant le patient. 

Il y a ces petits manques d’attention et on ne les remarque même pas. 

Alors, il y a beaucoup plus de chances de faire des erreurs dans ces moments. 

Si nous pouvons réduire ces quarts de travail prolongés et laisser les gens récupérer pendant au moins 12 heures avant le prochain quart de travail, cela aiderait beaucoup, tant sur le plan mental que physique. 

Les gens doivent se reposer suffisamment afin de pouvoir optimiser leur rendement. 

Maintenant, en temps de crise, c’est très difficile, principalement si on manque de personnel. 

Nous devons trouver des stratégies. 

Peut-être que d’autres membres du personnel ou médecins peuvent venir travailler. 

Par exemple, à l’ANT, il y a des divisions où il y a des résidents en médecine interne. 

On utilise les résidents pour combler les quarts de travail. 

En fait, on demande le soutien de tout le monde, afin de pouvoir donner une petite pause aux médecins qui commencent à être épuisés. 

Et cela va aussi aider à l’unité au sein de la profession. 

Nous savons que le manque de sommeil peut réduire l’immunité. 

La plupart d’entre nous avons besoin de sept heures de sommeil par jour pour maintenir une bonne santé. 

C’est un fait. 

Dans le cas actuel, c’est très important de maintenir un bon sommeil, une bonne alimentation et une bonne hydratation. 

Dre Jillian Horton 

On en a déjà parlé auparavant. 

Pouvez-vous revoir l’utilisation stratégique du thé vert et du café au cours de la journée? 

Maryam Hamidi 

C’est une autre stratégie que l’on peut adopter. 

La caféine peut aider à réduire la somnolence, la sensation de somnolence, et ce jusqu’à 36 heures. 

Après 36 heures, la caféine n’a plus d’effet. 

Alors l’une des stratégies est de prendre une dose de caféine. 

Certaines personnes sont très sensibles à la caféine. 

La caféine accroît toutes les émotions. 

Si une personne se sent anxieuse, stressée, un apport de caféine va accroître l’anxiété. 

Cela peut rendre les choses plus difficiles. 

Savoir contrôler les doses de caféine est très important. 

C’est un peu comme la bouteille d’eau. 

Vous pouvez parfois utiliser du café froid, si disponible, parfois même un petit espresso peut vous aider à prendre des doses plus faibles pour ne pas dépasser le seuil qui exaspère votre anxiété. 

La caféine peut aussi accroître la température corporelle. 

Si vous travaillez en soirée, elle peut l’accroître et mener au sommeil, à la somnolence. 

Il faut aussi penser au délai entre la prise du café et son efficacité. 

Cela peut prendre entre 15 et 30 minutes, selon votre poids, si vous avez pris un repas. 

C’est un peu comme l’alcool. 

Cela vous offre une petite fenêtre. 

La caféine commence à faire effet entre 30 et 90 minutes. 

Si vous avez besoin d’une petite sieste, vous pouvez prendre une tasse de café, faire votre sieste, et lorsque vous vous réveillerez, la caféine devrait faire effet. 

Lorsqu’ils manquent de sommeil, s’ils font une sieste, les gens sont un peu confus au réveil. 

Un avantage de prendre une tasse de café avant la sieste est que vous serez beaucoup plus alerte au réveil. 

Si vous avez de courtes périodes de sommeil, dès que vous vous réveillez, vous pouvez prendre un café pour enlever un peu de cette confusion. 

Si vous travaillez des quarts de travail de 12 heures, vous devrez préférer prendre un café au début du quart de travail, puis limiter votre apport. 

Essayez de ne pas en prendre six heures avant de quitter. 

Sinon, choisissez autre chose. 

La raison est la suivante. 

La caféine peut vous maintenir alerte pendant près de trois heures. 

Par la suite, cela n’aide pas à votre niveau d’alerte, mais peut nuire à votre sommeil. 

L’autre point avec la caféine, et cela a été démontré dans des méta-analyses, est qu’elle peut réduire les erreurs lors d’un quart de travail. 

Lorsqu’il est impossible de dormir, la caféine peut vous aider. 

Très souvent, peu importe la situation, le café est meilleur que le thé. 

La caféine stimule les émotions, si vous êtes anxieux ou un peu nerveux, le café pourrait ne pas être la meilleure option par rapport au thé. 

Le café est bon si vous devez avoir un haut niveau d’attention, si vous vous déplacez rapidement, pensez aux médecins qui travaillent en salle d’urgence. 

Le café peut être très utile, alors que le thé vert comporte de la théine, en quantité très élevée, notamment dans le matcha. 

La théine est utilisée pour réduire le stress, aider à vous détendre. 

Et l’association de théine et de caféine dans le thé, certaines études démontrent que cela accroît l’effet de la caféine, mais peut aussi... 

Si vous avez besoin de concentration, si vous devez faire attention aux détails, le thé vert devrait être préféré au café. 

Une autre source de caféine, cela peut être une boisson énergisante ou un Coca-Cola. 

Encore une fois, ce n’est pas tout le monde qui aime. 

Il y a de la taurine dans les boissons énergétiques. 

On peut s’effondrer par la suite. 

À un certain moment, notre niveau d’attention peut baisser. 

Cela peut nuire à notre niveau d’attention. 

L’autre, si les gens ne veulent pas prendre de la caféine, serait du thé à la menthe verte. 

Cela peut élever votre niveau d’alerte. 

La sauge, le thym sont aussi des herbes qui peuvent aider. 

Il y a d’autres thés qui sont élevés en fer et le fer peut augmenter votre niveau d’attention. 

La yerba maté contient aussi de la caféine. 

Il y a différents types ou sources de caféine. 

Il y a même des gommes à mâcher à la caféine. 

Certains résidents les utilisent et trouvent que ça peut les aider s’ils ne veulent pas boire de café ou s’ils ont du reflux gastrique. 

Ça peut les aider dans ces cas. 

Parfois c’est même l’association d’une gomme à mâcher avec du café qui est très agréable. 

Dre Jillian Horton 

Marianne, tout le monde aimerait savoir comment stimuler leur immunité. 

Y a-t-il des aliments que vous pourriez recommander aux médecins pour stimuler leur immunité ? 

Que pouvez-vous recommander ? 

Maryam Hamidi 

Lorsqu'on parle de preuves, en général, tout revient à une alimentation saine, avoir un régime alimentaire élevé en légumes, en fruits, en protéines saines, en grains entiers, en glucides. 

Tous les nutriments que vous pouvez ingérer, c’est la façon la plus saine de manger. 

Quant à des aliments en particulier, comme vous savez, la COVID-19 est un tout nouveau virus, on ne sait pas quels sont les effets, ce qui arrivera. 

Mais dans les nouvelles, on parle de vitamine C par intraveineuse, qui pourrait être utile. 

Alors je laisserais les médecins en soins essentiels et les nutritionnistes prendre la décision. 

Avec les suppléments de vitamine C, il y a un défi. 

Des doses élevées de vitamine C peuvent provoquer des pierres au rein. 

Des doses élevées ne changent pas la fonction immunitaire. 

Ce sont les doses élevées de vitamine C qui nous aident. 

Très souvent, les professionnels de la santé en manquent. 

Une association de vitamine C élevée et d’une faible hydratation mène à des pierres au rein. 

Vous ne voulez pas vous présenter vous-même à l’urgence parce que vous aviez peur d’être contaminé par la COVID-19 et avez pris des doses élevées et vous avez des pierres au rein. 

J’éviterais des doses élevées de vitamine C. 

Essayez d’obtenir votre dose de vitamine C par les aliments. 

Par des fruits, des oranges, des poivrons verts, du brocoli, des melons élevés en vitamine C. 

C’est une façon d’avoir un bon apport de vitamine C. 

Consommez assez de protéines. 

Cela nous permet d’avoir une bonne quantité de zinc dans notre alimentation. 

Cela stimule l'immunité. 

L’un des défis auquel nous faisons face, parfois les suppléments qui pourraient nous aider en matière de prévention, les suppléments pour prévenir une grippe ne sont pas utiles lorsque les symptômes sont déjà apparents. 

Cela peut même empirer la situation. 

Essayez d’éviter les suppléments le plus possible. 

Cela pourra peut-être vous aider, à moins qu’un professionnel de la santé vous le conseille principalement dans votre cas. 

Sinon, mangez des légumes, beaucoup de feuillus verts, une variété d'aliments, essayez d’éviter d’irriter votre gorge, demeurez hydraté, ça revient aux éléments de base dont on parle souvent en nutrition. 

Assurez-vous d’avoir assez de beurre d’arachides, des protéines, des glucides, de la vitamine D, ainsi que des grains entiers. 

Essayez de manger des protéines saines. 

Évitez les sucres ajoutés, les gras trans, les gras saturés, les aliments transformés. 

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Dre Jillian Horton 

Marianne, j’ai une dernière question pour vous. 

Pouvez-vous parler de la littérature par rapport à la gomme à mâcher que les médecins pourraient utiliser? 

Maryam Hamidi 

J’ai oublié de mentionner qu’une des stratégies pour rester éveillé, certaines études ont démontré qu’il est mieux d’éviter de manger entre minuit et 6 h du matin. 

Lorsqu’on mange alors qu’on devrait plutôt dormir, on est beaucoup plus enclin à faire des erreurs. 

Si vous avez besoin d’une collation, parfois vous pouvez prendre une collation. 

Vous pouvez aussi mâcher de la gomme. 

L’un des avantages démontrés dans les études est que cela peut vous aider à réduire le stress. 

Si vous êtes somnolent, cela va vous réveiller un peu. 

Simplement, cela active la circulation sanguine vers le cerveau. 

Il y a d’autres éléments sous enquête, mais c’est bien d’avoir de la gomme à mâcher sous la main. 

Nous savons que les menthes peuvent avoir d’autres effets. 

Donc, une gomme à mâcher peut vous aider à combattre la somnolence, ou si vous voulez éviter de manger durant la nuit, vous pouvez simplement mâcher quelque chose pour vous aider à passer à travers cette période de stress. 

Dre Jillian Horton 

J’aimerais terminer en vous remerciant, Marianne, d’avoir pris le temps aujourd’hui d’être avec nous. 

Vous avez des conseils très pratiques que l’on peut mettre en œuvre pour aider notre rendement par l’entremise de la nutrition, de l’hydratation et d’autres mécanismes. 

Merci. 

Maryam Hamidi 

Merci, ça m’a fait plaisir d’être avec vous. 

Dre Jillian Horton 

Je suis la Dre Julian Horton et je vous remercie de vous joindre à nous pour cette série de webinaires COVID-19, alimentée par Joule. 

Prenez soin de vous, merci pour votre bon travail. 

On vous voit sous peu. 


Détresse morale : quand les valeurs fondamentales sont en jeu

Durée : 29:45

Roméo Dallaire

Durant la pandémie de COVID-19, les médecins pourraient avoir à prendre des décisions extrêmement difficiles. Le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire donne son point de vue sur la détresse morale en temps de crise et sur les stratégies qu’il a utilisées durant sa carrière militaire pour protéger ses valeurs fondamentales.

Lire les notes de l’épisode

Dre Jillian Horton 

Bonjour et bienvenue à la série d'apprentissages COVID-19 à l'intention des médecins présentée par Joule et l'Association médicale canadienne. 

Je suis la Docteur Jillian Horton, interniste généraliste, éducatrice médicale, écrivaine et baladodiffuseuse. 

Je serais votre hôte aujourd'hui. 

Au fur et à mesure que la crise évolue, notre système de santé est inondé de patients critiques. 

Les médecins et les infirmières utilisent les mots zones de guerre ou champs de bataille pour décrire ces scènes. 

Quoique ces expériences nous soient un peu étrangères, cette dimension est tout à fait familière pour le Lieutenant Général, l'honorable Roméo Dallaire. 

Lors de notre conversation, nous voulons faire ressortir de puissantes leçons émotionnelles et morales apprises au cours de sa brillante carrière, y compris lors de la période où il était à la tête de la mission d'aide des Nations Unies au Rwanda, lors du génocide de 1994. 

Le Général Dallaire nous donnera aussi des conseils pour bien faire face au stress post-traumatique suite à la crise. 

C'est vraiment un privilège de vous parler aujourd'hui. 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire  

Le plaisir est pour moi. 

Dre Jillian Horton 

Pour les plus jeunes qui ne connaissent pas ce qui s’est passé au Rwanda, pouvez-vous expliquer les circonstances tout à fait accablantes dans lesquelles vous avez travaillé à cette époque ? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire  

Je pourrais leur dire d'aller lire mon livre, mais je laisserai passer. 

Les Nations Unies ont envoyé une mission dans le but d'aider une nation pour résoudre une guerre civile et ramener en bout de ligne la paix. 

Nous étions là pour assister et servir d’arbitre. 

Malheureusement, les extrémistes des deux côtés, en fait la majorité Hutu, ont décidé que l'entente de paix n'était pas en leur faveur et ont amorcés une guerre civile qui a aussi inclus un génocide. 

Autrement dit, en tuant tous les membres de l'opposition, ils pourraient prendre le pouvoir. 

À cette époque, on a fait face à un génocide ethnique. 

Et j'ai bien peur que la communauté internationale à cette époque, avant le génocide, durant la crise et après, n'était pas intéressée à s'engager à donner les ressources qui auraient pu prévenir, bloquer et en fin de compte négocier une solution à ce conflit. 

Ceci étant dit, j'avais une toute petite force avec moi. 

Elle était réduite en raison des pertes. 

Sur une période de trois mois, nous avons été les témoins du massacre de plus de 800 000 personnes. 

Nous nous sommes aperçus que la communauté internationale... 

En fait, il était facile de blâmer les Nations Unies. 

Mais les Nations Unies sont composées de plusieurs pays et ces pays n'ont pas fourni l'aide dont on aurait eu besoin pour empêcher ce massacre ou même l'arrêter. 

En tant que tels, les pays étaient fautifs, complices de laisser le génocide suivre son cours. 

Dre Jillian Horton 

Après avoir vu votre discours, celui adressé aux professionnels de la santé sur internet, j'ai lu quelques pages de votre livre, Premières lueurs. 

Je me suis aperçue que vous aviez les bons mots pour décrire la situation dans laquelle nous passons. 

En fait, en médecine, nous n'avons pas ce genre d'expérience sur cette échelle. 

Comment pouvons-nous recadrer l'expérience actuelle en langage militaire pour nous aider à passer à travers cette crise ? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire  

C'est une question tout à fait extraordinaire, car vous devez adopter un lexique tout à fait différent qui s'adapte à la situation qui vous entoure. 

Les scénarios auxquels nous sommes habitués, dans un pays qui n'a jamais vu la guerre, il y a plus de 250 ans que rien ne s'est passé ici, Encore moins d'être témoin des échecs de cette ampleur. 

Ceci étant dit, ceux qui travaillent à l'avant-plan, parce qu'on a des gens qui travaillent en première ligne, des gens qui font face à la menace, qui sont engagés, qui veulent enrayer la crise, réduire le nombre de personnes touchées, atténuer cette menace, des personnes touchées, atténuer cette menace, ce front fait partie d'un tout. Ce ne sont pas seulement eux, nous en faisons également partie, ils ne sont pas seuls sur le front. 

Nous sommes aujourd'hui confinés, respectons plusieurs restrictions. 

C'est comme si on était en campagne, comme si on avait plusieurs batailles à différents endroits, dans différents hôpitaux, dans différents centres de santé, soutenus par une structure politique. Nous sommes tous assiégés. 

Tous comme les campagnes militaires, elles sont menées comme si on était dans un contexte de guerre. 

Aujourd'hui, nous sommes en guerre contre une menace. 

Nous y sommes tous inclus sans exception. 

Nous devons donc utiliser le même ton qui s'adapte à ce genre de campagne. 

Ce n'est pas une question de dire : « Bon, trouvons une solution à ce petit problème régional ou à cet hôpital dans cette région. » Nous ne sommes qu'une petite partie de l'ensemble. 

Et lorsque tout le monde est impliqué, vous pouvez en tirer de la force. 

Mais lorsque tout le monde est dépassé par les faits, c'est plus difficile. 

Dre Jillian Horton 

On vous a envoyé au Rwanda avec un manque d'effectif. 

Vous avez parlé d'un système des Nations Unies où vous devez établir une liste de vos besoins et en faire la requête en espérant les recevoir. 

À cette époque, vous manquiez d'effectif, vous manquiez d'équipement adéquat. 

Je pensais à un parallèle avec votre expérience et ce qui se passe ici, en traitant des patients avec soit peu d'équipements de protection individuel ou sans équipement de protection individuelle. 

Quelle orientation morale pourriez-vous donner à nos prestataires de soins de santé qui font face à ce genre d'incohérence, de ce manque d'effectif et d'équipement adéquat ? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire  

C'est très intéressant car vous avez fait référence à une vidéo où je m'adressais aux intervenants de première ligne. 

Un ministre m'a appelé et il n'était pas très content car je parlais d'un manque de ressources. Cela pourrait exacerber les dilemmes moraux et les dilemmes éthiques, les dilemmes auxquels feront face les médecins. 

Lorsque le système sera débordé ou sera en plein milieu de la crise, nous serons dépassés. 

Il est vrai que mon discours n'était peut-être pas très positif, mais on doit dire la vérité aux soldats. 

Ce qui est essentiel pour le personnel médical, pour les médecins et les autres, c'est de reconnaître qu'ils sont en première ligne et ils n'auront pas toutes les ressources nécessaires. 

Ils devront prendre des décisions, faire des choix très compliqués en raison du manque d'équipement, du manque de ressources. 

Cela crée une sensation d'isolement. 

Le médecin s’aperçoit qu'il ne peut probablement pas sauver une vie, soulager la douleur, car il sait que les risques sont soit assignés à un autre endroit, n'ont pas été prévus ou ne sont pas encore requis et n'arriveront pas au moment opportun. 

Cela amènera un sentiment de culpabilité car le médecin va se dire : « Je suis là pour travailler, j'aimerais pouvoir en faire plus, je fais ce que je peux. » À mon retour du Rwanda, on m'a dit : « Bien, tu as fait ce que tu pouvais et personne ne s'attendait à plus. » Vraiment, ça ne m'a absolument pas réconforté. 

Nous étions là, nous les avons vus, nous les avons touchés, on entendait les cris, on voyait les yeux, la douleur et la souffrance. 

Le fait d'avoir tout fait en son pouvoir ne soulagera pas le sentiment de culpabilité potentielle. 

Et c'est à ce moment qu'il est crucial que les membres de la profession, que les équipes ne laissent pas les gens s'isoler. 

Il faut qu'ils aient l'impression de faire partie de cette équipe, de cette campagne, qu'ils ont un rôle à jouer. 

Peut-être qu'ils ne réussiront pas toujours, mais ils travaillent dans un contexte de crise. 

Ils ne peuvent pas se sentir responsables ni coupables du fait qu'ils manquaient de ressources, qu'ils ne pouvaient pas tout faire. 

Ils ne doivent pas non plus se sentir responsables en disant : « Bon, j'aurais bien voulu tout faire ce que je peux ; je n'ai pas réussi ». 

Vous devez communiquer, vous devez constamment parler à vos collègues afin de pouvoir soutenir cette pression, ce stress et de ne pas vous laisser déborder par ce sentiment négatif ressenti, ni la rage, ce sentiment de culpabilité, car on a vraiment besoin des intervenants de première ligne à long terme. 

Vous ne pouvez pas devenir une victime au cours et au milieu de la crise, sinon, ça va affaiblir l'ensemble de l'équipe. 

C'est pour ça que les intervenants de première ligne doivent être capables d'échanger avec leurs collègues, faire face aux faits. 

Et la crise est telle que tous les efforts que vous mettez, c'est tout ce que l'on peut faire dans ce moment de crise. 

Dre Jillian Horton 

Vous avez mentionné une histoire au début de votre livre Premières lueurs. 

Cela me semblait familier, quelque chose que je connaissais déjà. 

Votre bras droit au cours de la mission a mentionné que vous étiez préoccupé et vous avez parlé de penser aux autres au cœur de la crise, non pas seulement à vous, mais aux autres. 

Très souvent, les médecins ne prennent pas soin d'eux. 

On a un taux très élevé de suicide et une tendance à devenir martyr et à rabaisser les gens qui imposent des limites. 

Est-ce que cela pourrait représenter un risque pour nous ? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire  

Tout le monde qui fait partie d'un organisme ou d'une profession et principalement ceux qui portent un uniforme, et vous en portez de différents types et vous travaillez dans une structure hiérarchisée, on s’aperçoit alors que l'organisation est très darwinienne. 

Elle ne tolère pas de donner moins que son 100 %. 

Cela peut représenter un problème pour les perfectionnistes. 

Parfois, ce n'est pas nécessairement un problème physique, mais ça peut devenir un problème psychologique, car la personne n'est pas capable d'offrir 100 % de son rendement. 

Ce qui est très important de se rappeler, c'est qu’on n’a pas besoin de commandants, de chefs, de médecins. 

Déjà dans les hauts niveaux de responsabilités, de prendre le rôle de martyr ou de prendre des risques qui les mettraient dans une situation à risque et qui ne leur permettrait pas de terminer la campagne. 

On peut perdre des batailles, mais ça ne veut pas dire que vous allez perdre la campagne ni perdre la guerre. 

Mais si vous vous mettez à risque en croyant que vous vous dévouer à 100 %, sans prendre de repos, sans récupération de façon adéquate, certaines personnes peuvent penser : « Bien, je devrais en faire un peu plus. » Car ce n'est pas seulement aujourd'hui que vous devez travailler ; vous devez être présent la semaine prochaine, dans les mois à venir. 

Vous devrez maintenir le rythme. 

En tant que tel, on pourrait vouloir faire preuve d'héroïsme, prendre le rôle du héros et récolter quelques médailles, mais ce n'est pas le cas. 

À un moment donné, on sera imputable. 

Nous devons prendre des décisions et nous ne pouvons pas prendre des décisions qui mettront notre vie en danger, car vous avez des gens qui ont besoin de vous, des gens qui vont se présenter à la porte et qui auront besoin de vous à l'avenir. 

La façon dont vous allez vous attaquer à la question, ce sera par l'entremise de l'institution. 

Elles doivent comprendre qu'ils doivent être présents sur le long terme, qu'ils doivent faire attention et que la seule façon de réussir est de prendre des décisions qui sont responsables bien entendu, mais ils doivent aussi s'engager et penser à l'avenir et être capable de résister à la pression et au stress induit par les décisions éthiques à prendre. 

Oublier ça mènera en bout de ligne à certaines difficultés. 

Il faut avoir une attitude professionnelle. 

Très souvent, quand on parle d'une attitude professionnelle, ce n'est pas de penser seulement au moment, à aujourd'hui, mais de penser à l'avenir. 

Vous devez faire preuve d'anticipation et de prévoyance car vous n'êtes pas au bout de vos peines. 

Dre Jillian Horton 

Vous avez parlé de retour à la vie après votre passage en Afrique. 

Lorsque vous êtes revenu ici, vous avez vu l'absurdité de l'abondance au Canada. 

Comment pourriez-vous expliquer cette transition aux médecins qui sont en période de crise et qui reviendront à la vie normale à un moment donné ? 

Comment devraient-ils s'y prendre? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire  

C'était tout à fait inouï pour moi d'être en plein milieu d'un génocide. 

Il y avait des corps partout, les odeurs étaient très puissantes. 

Nous étions entourés de sang et de destruction. 

Nous voyions la douleur, nous voyions à cette époque la souffrance. 

On avait peu de ressources et on voyait ce qui se passait sur le terrain. 

On pouvait prendre tout simplement un vol d'une heure, on se rendait à Nairobi, une ville grouillante, et on pouvait sortir comme si de rien n’était. 

Les gens nous regardaient, essayaient d'être objectifs, essayaient de nous aider, mais ils n'avaient pas vécu la situation au Rwanda. 

Alors lorsque cette crise se terminera, il y aura un choc, ça sera un choc. 

Tout à coup, vous allez quitter cet environnement de stress et de pression et vous apercevoir que la vie poursuit son cours. 

Peut-être que vous ne voudrez pas essayer d'expliquer ce qui se passe car il s'agit d'un sentiment que les autres ne comprendront pas. 

Les gens à l'extérieur ne sont pas passés par cette adversité. 

Ils n'ont pas entendu les cris, ils n'ont pas vu la douleur, ils n'ont pas vu la souffrance. 

Comment allez-vous expliquer ce qui s’est passé ? 

Mais en fait, voulez-vous vraiment le décrire ? 

Voulez-vous vraiment revivre la situation ? 

Alors, le professionnel va intérioriser ses émotions et ce pourrait être presque mortel. 

Et très souvent, les causes de suicide, c'est tout simplement dû à l'intériorisation de ses émotions, à l'isolement et à l'autodestruction parce qu'on manque de références. 

Il est essentiel d'en trouver. 

Très souvent, ce seront vos collègues, les gens que vous connaissez en qui vous avez confiance, qui seront là pour vous soutenir. 

Ils seront là pour vous écouter. 

Et vous saurez qu'ils sont là pour vous écouter sans poser de questions ridicules. 

Ils vont vous laisser tout simplement exposer cette rage, exposer cette douleur, vous permettre de vivre. 

Et cette autre personne, sera devant vous, vous écoutera, sourira, versera quelques larmes et vous écoutera. 

Elle vous permettra de comprendre ce qui s’est passé car le monde à l'extérieur ne comprendra pas vraiment ce qui s’est passé dans l'établissement médical. 

Et ce collègue devra faire preuve d'empathie et de compétences pour être en mesure de vous aider, du moins, essayer de comprendre ce que vous avez subi, de comprendre que vous avez été blessé, que vous êtes un blessé ambulant, que c'était un honneur de travailler pour cette crise, qu'il n'y avait aucune honte et qu'il n'y a aucun stigmate d'avoir passé à travers cette épreuve. 

C'est cette communauté qui vous entoure, tant sur le plan familial que sur le plan professionnel, cela vous aidera à récupérer. 

Vous allez comprendre que vous n'êtes pas le seul à souffrir. 

Ça permettra d'éviter l'isolement et de prendre de mauvaises décisions. 

Nous avons parlé hier de votre préoccupation par rapport à la santé mentale des professionnels. 

Dre Jillian Horton 

Vous êtes préoccupé par la santé mentale de nos professionnels de la santé après la crise. 

Ce sera probablement la phase où nous verrons davantage de victimes. 

Nous, en tant que profession, que pouvons-nous faire pour atténuer les risques ? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire  

Au sein du leadership de votre organisme, de votre communauté professionnelle, dans votre environnement de travail, il faut absolument reconnaître, que tous reconnaissent, que lorsqu'on aura vaincu cette menace, les effets de cette guerre peuvent avoir un effet exponentiel sur vous, sur les membres de votre équipe, sur les demandes qui vous sont adressées. 

Les blessures acquises lors d'une campagne, vous ne les sentez pas à 100 % car vous êtes trop occupé. 

Vos instincts professionnels vont prendre le dessus. 

Vous devez agir dans un délai serré. 

J'avais des soldats qui travaillaient jusqu'à ce qu'ils tombent. 

Et ils dormaient quelques instants et revenaient à la charge. 

Alors que cette campagne contre la COVID-19 va s'atténuer, et que nous passerons et ferons la transition vers la phase post-crise, le niveau d'adrénaline va diminuer. 

Ce sera assez rapide. 

Toutes ces blessures ouvertes, votre esprit, commenceront à être douloureuses. 

Mais ça sera une douleur différente. 

Et c'est pour cette raison que vous aurez besoin de plus de soutien. 

À la fin de la guerre, on a vu que les gouvernements ont coupé les ressources. 

À un moment, je me rappelle après l'Afghanistan, lorsque je siégeais au comité sénatorial, je leur disais c'est là qu'on aura le décompte du nombre véritable de victimes et c'est vraiment ça qui est arrivé. 

Il faut se préparer pour une deuxième phase. 

La première phase, c'est de vaincre l'ennemi. 

La deuxième phase, c'est de revenir à un niveau normal et d'évoluer vers un nouvel avenir. 

Vous devrez donc prendre en charge ces blessures. 

Et ces blessures auront besoin d'un soutien professionnel. 

C'est presque impossible de guérir seul. 

Les organes, les institutions, la communauté professionnelle, les collègues, devront s'unir. 

Et ceux qui sont vos proches, vos êtres chers, devront être là pour vous aider à passer à travers les répercussions post-crise. 

Car probablement, vous allez souffrir ouvertement. 

Les demandes opérationnelles de l'emploi vont changer et les répercussions des blessures subies en cours de crise seront exacerbées. 

Il faut préparer la communauté professionnelle. 

Il y aura une deuxième phase. 

Quels sont les outils à votre portée ? 

Aidez ces victimes ambulantes à revenir à un niveau normal. 

Ils n'oublieront jamais ce qui s’est passé. 

Ils vont vivre avec et vont poursuivre. 

C'est l'objectif final. 

Dre Jillian Horton 

Général, vous avez mentionné que l'expérience au Rwanda vous a donné plus de compassion envers l'humanité. 

Quel changement social ou quelle transformation sociale prévoyez-vous pour nous ? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire  

Cela peut être une transition formidable pour nous. 

Nous pourrions devenir une société beaucoup plus mature. 

Nous avons travaillé ensemble. 

Nous avons été blessés, mais nous avons passé à travers la crise. 

Et cette crise ne disparaîtra pas, ce sera un point de référence, un jalon. 

Est-ce qu'on a grandi avec ça ? Est-ce qu'on a échoué ? 

Avions-nous le bon leadership ? 

Est-ce que le prochain leadership pourra prendre en charge une autre crise comme celle-là ? 

Ça sera probablement une transformation essentielle. 

Deux groupes dans notre société auront par la suite une perspective différente. 

J'espère que nous sommes assez intelligents pour ça. 

Sans un ordre donné, je vous dirais, les jeunes de moins de 25 ans. Cet ennemi s'attaque aux gens plus âgés. 

Les jeunes sont beaucoup moins touchés. 

C'est une occasion pour les jeunes de soutenir la génération entre 25 et 70. 

Ils doivent s'engager, parler haut et fort, être rassembleurs, utiliser toutes leurs compétences de communication pour maintenir la pression. 

Ils seront la prochaine force, les prochains leaders. 

Ce sera très important. 

Deuxièmement, ce sont les femmes. 

Les intervenants de première ligne sont en train de lutter. 

Pour la grande majorité, c'est une occasion pour cette société dominée par les hommes que nous avons encore de s’apercevoir qu'il n'y a aucune façon que nous pouvons continuer comme ça. 

Les femmes sont des personnes entièrement engagées, prêtes à prendre des risques pour que la société continue d'avancer et ce, autant que les hommes et parfois mieux que les hommes selon les circonstances et le contexte. 

Nous avons donc une opportunité devant nous. 

Les femmes peuvent grandir au sein de notre société. 

Leur statut, leurs compétences de soutenir la société va grandir suite à la crise. 

Et la société s'ajustera. 

On pourra peut-être éliminer 25 ans de problèmes d'équité de genre avec cette crise, qu'on brisera le plafond de verre et j'espère que les hommes s'en apercevront et que les femmes utilisent ce moment comme un pivot pour leur avenir. 

Et ça, c'est en résumé ce que j'aurai pu expliquer en plus long. 

C'est une merveilleuse façon de terminer. 

C'est une excellente façon de terminer cette conversation. 

Général Dallaire, je suis très honorée et très émue après avoir eu cette conversation avec vous. 

Rappelez-vous de moi alors que vous passerez à la phase post-crise. 

Je veux être impliqué. 

Je crois que je peux vous aider dans cette phase. 

Et je peux peut-être aider les gens à comprendre ce qui s’est passé afin qu'ils puissent revenir à une vie un peu plus normale. 

Dre Jillian Horton 

Avant de terminer, j'aimerais vous remercier au nom de mes collègues de partout au Canada pour votre sagesse et votre service pour le pays. 

Merci beaucoup. 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire  

Au revoir. 

Dre Jillian Horton 

Je suis Docteure Jillian Horton. 

Merci de vous être joint à nous pour cette série de webinaires COVID-19 propulsée par Joule. 

Merci pour tout ce que vous avez fait et je vous vois sous peu. 


Le deuil : leçons tirées en zone de guerre

Durée : 30:18

Roméo Dallaire

Avec l’arrivée massive de patients gravement malade dans les hôpitaux, les professionnels de la santé sont témoins de très nombreux deuils. Dans cette deuxième partie, le lieutenant-général Roméo Dallaire (retraité) revient sur son expérience en zone de guerre et sur les leçons qu’il en a tirées en lien avec la résilience.

Dre Jillian Horton 

Bienvenue à la série de webinaires sur la COVID-19 offerts aux médecins par Joule et l'Association médicale canadienne. 

Je m'appelle Jillian Horton. Je suis interniste générale, formatrice, auteure et votre animatrice pour cette série. 

À mesure que la crise évolue, certains de nos systèmes de santé croulent sur un nombre stupéfiant de patients dans un état critique. 

Médecins et infirmières décrivent leur milieu comme une zone de guerre. 

Cette situation est peut-être nouvelle pour nous, mais résonne de manière trop familière pour le Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire. 

J'ai le privilège aujourd'hui d'avoir un deuxième entretien avec lui, cette fois en français. 

Nous allons parler ce que le Général a appris sur le plan émotionnel et le plan moral pendant sa prestigieuse carrière militaire, notamment lorsqu'il était commandant de la force pour la mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda pendant le génocide de 1994. 

Le général Dallaire nous donnera aussi des pistes pour limiter le risque de traumatismes liés au stress professionnel et de troubles de stress post-traumatique après la crise. 

Général Dallaire, c'est un honneur de m'entretenir avec vous de nouveau aujourd'hui. 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire  

Tout le plaisir est pour moi. 

Dre Jillian Horton 

Nous en avons parlé au cours de l'entrevue en anglais, mais pour les personnes plus jeunes ou qui ne sauraient pas ce qui s'est passé au Rwanda, pourriez-vous décrire brièvement les circonstances absolument impossibles dans lesquelles vous avez servi là-bas? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire 

Le Rwanda devait être une mission très facile de maintien de la paix classique. 

Et ce qu'on a mal étudié, c'était que les extrémistes ne voulaient pas que ça fonctionne. 

Donc la situation s'est dégénérée au cours d'à peu près six mois, presque sept mois, négociations, meurtres, toute sorte d'émeutes, au point où ultimement, l'avion présidentiel fut abattu et on s'est ramassé dans une guerre civile et un génocide. 

Dans ce contexte-là, la mission des Nations Unies n'était pas du tout équipée ni mandatée pour pouvoir réagir. 

On a eu des pertes de soldats dès les premières 24 heures, et les pays ont décidé de retirer leurs troupes. 

Donc avec seulement 450 troupes, je faisais face à au-dessus de 10 000 miliciens qui avaient été endoctrinés pour tuer tous les Tutsis dans le pays. 

Donc pendant trois mois, sans aucun support de l'extérieur sauf une douzaine de Canadiens qui sont venus me renforcir, nous avons tenté d'atténuer l'impact de cette guerre civile d'un côté avec des trêves et de l'autre côté, protéger au-dessus de 32 000 Rwandais de massacre. Mais entretemps, il y en a au-dessus de 800 000 qui sont morts et près de 4 millions ont été réfugiés et déplacés à l'interne. 

Dre Jillian Horton 

Les uns après les autres, des médecins et d'autres professionnels de la santé racontent ce qu'ils vivent dans les hôpitaux au public sur les réseaux sociaux et dans les médias. 

Dans vos livres, vous parlez d'une période de votre vie ou racontez l'histoire du génocide, et le rôle que vous y avez joué était devenu une obsession. 

Comment pouvons-nous faire des témoignages le plus marquant possible sans que cela prenne un côté malsain? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire 

Il est absolument fondamental que les gens n'ignorent pas l'expérience qu'ils sont en train de vivre et par après qu'ils ont vécu, à différents niveaux, que ce soit la population en général avec les restrictions et est-ce que tout de même ils sont rétablis dans leur vie normale, quasi-normale, [INAUDIBLE] mais au point de vue de ceux qui sont au front, ceux qui sont dans le feu de l'action comme on dit, donc tout le côté médical en particulier, le côté sécurité aussi, mais le côté médical en particulier, eux autres vont vivre des dilemmes éthiques, des dilemmes moraux causés par le fait qu'ils sont soit débordés et on voit des séquences de ça, mais aussi s'ils n'ont pas toutes les ressources nécessaires pour pouvoir répondre adéquatement à tout le monde et donc devront prendre des décisions. Tout ce volet, cette phase extrêmement complexe mais aussi débordante d'émotions où les responsabilités professionnelles sont toujours là nécessairement, on va voir un besoin fondamental de permettre une communication de ces individus-là avec non seulement des pairs, mais aussi avec la société. 

Donc l'organisation qui les entoure doit être en mesure aussi de leur permettre de s'exprimer, de leur permettre de vociférer qu'est-ce qui leur est arrivé et de permettre avec leur famille de pouvoir revoir le scénario sans que cela les retourne dans la catastrophe comme telle, mais qu'ils ne soient pas dans un état de fermeture, de se fermer sur eux-mêmes parce qu'ils n'ont aucune chance de s'en sortir s'ils restent tout simplement isolés dans leur position professionnelle, que je suis capable de prendre soin de moi ou que je suis le seul qui semble souffrir comme ça, donc je n'en parle pas à personne ; ce genre de scénario, il faut qu'il soit éliminé et il faut les encourager à communiquer. 

Dre Jillian Horton 

Dans la première [INAUDIBLE], vous parlez d'un moment fort où vous regardiez un enfant qui avait le même âge que votre fils. 

Vous dites que dans votre cœur, vous l'aviez déjà ramené à la maison et inclus dans votre famille. 

Ça m'a fait penser à la technique de non-attachement que l'on montre aux médecins pour faire face à la peur ainsi qu'au caractère toxique qu'elle peut avoir en présence d'une grande souffrance. 

Particulièrement quand beaucoup de collègues d'autres centres s'occupent de patients qui sont très malades ou meurent séparés de leur famille, que pouvez-vous nous conseiller à ce sujet face à la peine et aux pertes graves qui s'en viennent? 

C'est absolument épouvantable. Comme j'ai vécu, tellement de gens ont été tués loin de leur famille et séparés et qui ont souffert. 

Et souvent, ils n'ont jamais revu leur famille, tant ceux qui ont survécu que ceux qui ont été blessés psychologiquement et il y en a qui n'en sont jamais revenus. 

Mais au point de vue des pratiquants et ceux qui sont pris dans cette situation nécessairement exigeante professionnellement, mais aussi au point de vue humain, dans leurs valeurs fondamentales, dans leur spiritualité même où ils peuvent aller recueillir certains réconforts, il est quasi-impossible de s'attendre que des êtres humains vont devenir amorphes à ces émotions. 

Et d'ailleurs, je pense que s'ils passent trop de temps à tenter d'être amorphes, à tenter de ne pas être affectés, cela risque de les endurcir et même de les orienter d'une façon négative vis-à-vis l'accroissement des problèmes qui vont arriver et ils vont perdre potentiellement plus de patience, plus de désir de servir, don de soi et cela peut avoir un effet encore pire parce qu'après le scénario, ils vivront sûrement ce sentiment de culpabilité qu'ils n'ont pas tout fait ce qui était possible. 

Donc moi, je considère que tout comme Dr Orbinski qui a été médecin sans frontière qui sont au front, il faut vivre le moment avec les gens tout en reconnaissant que ces moments-là sont ponctuels et qu'ils ont un devoir de continuer à œuvrer avec ce lourd poids sur leurs émotions. 

Donc ce n'est pas de les rendre absolument neutres, mais au contraire, qu'ils réalisent qu'ils vont les vivre, mais qu'ils peuvent continuer à œuvrer avec ça comme quasiment une démonstration des sacrifices et du don de soi qu'ils ont et de la force de leur profession à inculquer des valeurs professionnelles qu'ils doivent maintenir. Donc on ne cache pas cela. 

On le vit ponctuellement et on continue. Et il est vrai que cela va s'accumuler puis après, quand l'adrénaline va tomber, quand la crise va être passée, là, cela va être crucial de les aider à passer à travers tout cet ensemble d'expériences qui les auraient affectés sérieusement. 

Dre Jillian Horton 

Et la dernière fois, nous avons parlé de la difficulté qu'ont les médecins à prendre soin d'eux-mêmes avant tout et à discuter des plaies invisibles. 

Vous avez parlé de l'intolérance des professionnels en uniforme à la guerre de ce qui n'est pas absolu et je pense que vous avec utilisé le mot darwinien. 

Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire 

Il vient que dans des organisations qui sont facilement reconnaissables, qui ont des critères, des caractères et même une démonstration de leur profession extérieure, c'est-à-dire des uniformes, des normes qui sont bien connues, un genre de statut dans lequel ils se trouvent, que ces organisations-là mettent une pression camouflée, un stress camouflé sur eux de toujours être à 100 %, sinon à 110 %. 

Et de plus, ces entités-là ont une intolérance à ne pas être capable de rencontre ce besoin-là parce qu'on œuvre tous pour accomplir la mission, donc on veut que les gens soient capables de l'accomplir. 

Cette intolérance devient encore exponentielle quand on ne voit pas la blessure parce qu'on est des gens très visuels et les médecins [INAUDIBLE] et ainsi de suite, ils font comme les soldats. Alors avec des entités qui sont visuelles, qui sont intolérantes et qui exigent tellement un haut niveau de performance, il y a nécessairement un souci de l'individu de ne pas refléter à l'extérieur ni à démontrer une faiblesse quelle qu'elle soit. 

Et c'est pour cela qu'il est essentiel qu'eux autres soient en mesure de l'extérioriser parmi un groupe, donc l'esprit d'équipe. 

L'esprit de corps de médecins, le groupement dans lequel ils sont doit avoir à l'intérieur la capacité de communiquer et de permettre aux gens de dire : « Je suis fatigué ou j'ai besoin... » et que les autres puissent réagir à les soutenir, à les encourager, à même leur dire : « Écoute, tu en as assez. Va-t'en. » et pas mettre en péril le travail. 

Donc ça, c'est un devoir de leadership. 

Le leadership doit exister, ce n'est pas inné. 

Le groupe doit se constituer avec des leaders qui perçoivent ce qui sont des blessés ambulants et par ce fait, leur donner l'opportunité de le verbaliser, de le démontrer, quitte à ce que ça se fasse entre deux des pairs, en équipe, avec des rencontres, prendre des cafés, quoi que ce soit, mais qu'ils sentent qu'ils sont supportés parmi les pairs parce qu'il n'y en aura pas un qui va être capable de le solutionner tout seul. 

Donc il ne faut pas qu'ils pensent qu'ils peuvent le faire tout seul, il faut qu'ils pensent que l'équipe est avec eux. 

Et deuxièmement, il faut qu'ils sentent que les familles sont derrière eux et qu'il y a des gens, la population, qui sont derrière eux, qui les encouragent et qui pensent à eux et qui sont soucieux de ce qui leur arrive. 

Il faut qu'ils le ressentent, cela. Il faut que ce soit pensé, inculqué, informé afin de maintenir l'ordre moral. 

Dre Jillian Horton 

Après avoir servi au Rwanda, vous vous êtes occupé de la qualité de vie des militaires. 

Ce travail a eu une valeur très personnelle pour vous et j'ai vu des parallèles intéressants entre le mouvement prenant le bien-être des médecins qui est relativement jeune et le dédain qu'il a souvent suscité chez les membres de la vieille garde. 

Quelle attitude souhaitez-vous que nos dirigeants adoptent pour créer une culture où s'occuper de soi-même n'est pas considéré comme une faiblesse? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire 

Il y a absolument dans l'atmosphère, dans la culture des organisations dont on parle qui sont souvent très conservatrices dans leur façon aussi, que le leadership soit mit sur leur garde, que les philosophies du passé ou de stiff upper lip comme les Britanniques disent où on cache nos soucis parce qu'on est tout de même responsable pour démontrer qu'on est à la pleine hauteur de la situation, ces leaders qui ont encore cette philosophie-là doivent être écartés, ils doivent être même tenus muets. 

Et ce qu'ils ont besoin, ce sont des leaders qui reconnaissent que justement il y a des blessures qui se font à l'intérieur de ces médecins, de ces praticiens et que ces blessures-là sont réelles, mais ils peuvent être tout de même gérés et maintenus pendant la crise entre l'adrénaline et le sens du devoir et une expression de compréhension de la part de leur chef, c'est-à-dire qu'ils savent qu'ils les poussent au bout, ils savent qu'ils ont des problèmes de moral, ils savent qu'ils ont vécu des problèmes éthiques. 

Donc les leaders doivent être très au courant de ce qui se passe avec chacun de leur individu. 

On a perdu beaucoup de nos soldats au suicide même après les opérations parce que lorsqu'ils étaient en théâtre opérationnel, ils étaient suivis 24 sur 7 dans des opérations [INAUDIBLE]. 

Mais la minute qu'ils étaient revenus, on a délégué cette responsabilité à leur famille, à nos médecins et ainsi de suite et ce faisant, il y a eu des moments où ils ont été abandonnés dans des moments de crise où toutes ces émotions viennent à ébullition et ultimement les prennent totalement dans les entrailles du démon presque. 

Si le leadership ne les suit pas sur le terrain continuellement, les voient dans leurs yeux, dans leur façon d'agir, dans leurs paroles, s'ils ne reconnaissent pas qu'il y en a qui ont besoin d'un petit coup de pouce et ainsi de suite, qu'ils puissent aussi inculquer, et j'espère qu'ils ont pu inculquer, une atmosphère de communication avec eux et que ce n'est pas une faiblesse de dire qu'on est blessé. 

Et cela a été le grand point avec le non-militaire. Ce qu'on leur a dit que c'était honorable d'être blessé en opération. 

Donc si c'est honorable d'être blessé en opération, il ne faut pas le camoufler et le cacher, mais au contraire, l'identifier et acquérir des soins, avoir recourt aux autorités pour nous donner un coup de main et ultimement, continuer à œuvrer sachant que la blessure est là et qu'on va ultimement prendre le dessus après que l'opération est terminée. 

Dre Jillian Horton 

Je veux vous parler de la spécificité de nos expériences. 

Vous décrivez une scène où vous participiez à un groupe d'entraide animé par un thérapeute dont vous doutiez de la capacité à épeler le mot Rwanda. 

Et vous parlez de la nature cruciale du savoir partagé. 

Les médecins vivent la crise très différemment maintenant les uns des autres. 

Certains ont un travail plus logistique alors que d'autres se trouvent en première ligne. 

Comment éviter de placer nos gens dans la situation indésirable dans laquelle vous vous êtes retrouvé lorsque vous avez cherché d'aller pour la première fois? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire 

Il n'y a aucun doute que si ceux qui les entourent et toute l'équipe dans les différentes fonctions, s'ils ne reconnaissent pas que c'est l'ensemble de l'équipe qui a pu venir à bout du problème, c'est-à-dire de gérer la situation et ultimement de la résoudre, qu'il y a des divisions qui peuvent se faire et ces divisions-là peuvent être néfastes. 

Il y en a qui vont dire : « Moi, j'en ai fait plus que toi » et ainsi de suite, il y en a d'autres qui ont été plus vers l'arrière pas aussi affectés, donc la réconciliation parmi eux est aussi essentielle. 

Nous, on a eu des soldats de la Première Guerre dans la légion qui ne parlaient pas aux vétérans de la Deuxième Guerre. 

Ceux qui ont été à Dieppe se sont battus pendant 24 heures, mais ils ont été prisonniers de guerre pendant trois ans. 

Il y en a qui n'ont pas parlé parce qu'ils ont dit qu'ils ont eu tout de même la vie relativement facile comparé à ceux qui se sont battus pour plus longtemps. 

Alors ces divisions-là vont facilement s'ouvrir. 

Ceux qui ont la responsabilité d'influencer l'équipe, tant par leur rôle de leadership que par être un spécialiste qui leur est attitré, les thérapeutes et ainsi de suite doivent connaître les fondements de la culture de la profession. Ils doivent être capables de bien articuler l'impact que le médecin, le client ou le patient va énoncer à eux et le comprendre dans la profondeur de ce milieu et non pas demander une série de questions pour se faire éduquer dans le métier, dans le problème, mais au contraire être à la hauteur de la profession dans laquelle les gens ont œuvré, les circonstances dans lesquelles ils ont œuvré et par ce fait, être capable de situer la blessure de l'individu très spécifiquement et non pas tout simplement aller à la chasse, à la pêche pour trouver des choses et ultimement perdre la confiance de leurs clients. 

Et le côté plus néfaste de cela, c'est que là, ils ne retournent pas chercher de l'aide, ils se retournent à eux-mêmes, ils n'en parlent même pas à leurs collègues et ultimement s'autodétruisent. 

Dre Jillian Horton  

Des recherches en médecine montrent que les médecins perçurent comme les plus compatissants par leurs patients sont les plus sujets à l'épuisement professionnel. 

Je soupçonne que c'est vrai quelle que soit la mission, ce sont les gens qui protègent l'âme de notre profession, mais ils en viennent parfois à ce dont vous parlez, le suicide par le travail. 

Quels conseils auriez-vous à donner à cette partie de la profession? 

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Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire 

Moi, je pense que l'humanisme est absolument fondamental dans tous les rôles où les gens, par leur profession, doivent avoir affaire à d'autres êtres humains. Des technocrates, des techniciens, si eux ont des travaux qui leur exigent des responsabilités beaucoup plus blanc et noir, très bien, ils peuvent se détacher. Mais le corps professionnel dont on parle est un corps professionnel qui joue avec des êtres humains, des êtres humains qui sont soit vivants ou malades ou morts. 

Et dans ce contexte-là, ils ne peuvent pas se déshumaniser. 

C'est une énorme faiblesse de ne pas reconnaître que justement les médecins sont humains, que les premiers répondants ont des réactions humaines, qu'ils ont besoin d'un support derrière eux qui est très ciblé pour les besoins de leur traumatisme qu'ils ont vécu pendant nécessairement la situation dans laquelle on s'est trouvé. 

Maintenant, je pense qu'il est aussi à remarquer qu'il y en a qui vont être très habiles à même camoufler leurs besoins de s'extérioriser, de vouloir communiquer, particulièrement si l'organisation n'a pas démontré ce même sentiment d'humanité, ce même souci de l'être humain qui est en uniforme et de l'être humain auquel ils ont à faire face, et aussi les gens qui travaillent autour d'eux et de sentir cette humanité, tu sais, cet esprit humain, cet ensemble humain qui œuvrent pour d'autres êtres humains. 

Alors ce qu'il va arriver, c'est qu'ils vont travailler plus fort pour couvrir ce qu'ils perçoivent et que l'entité, la communauté, la culture perçoit comme une faiblesse. Alors ils vont travailler d'emblée pour être au maximum de leurs capacités. 

Et ils vont faire cela afin de pouvoir s'autodétruire honorablement, en se donnant totalement. 

Ce qui m'est arrivé, c'est qu'à un moment donné, je réalisais que je travaillais 22 heures sur 24 et que je cherchais à travailler plus et plus pour pouvoir atténuer cette culpabilité et aussi enlever ce mal de penser trop à ce qui vient de m'arriver et de continuer à pousser pour réconforter d'autres, donc se mettre à risque. Et ça, les médecins qui se mettent à risque, un, ils sont susceptibles de s'autodétruire, donc le suicide, deux, de tomber, de s'effondrer donc ils ne sont plus utiles à personne parce qu'ils ont essentiellement bouleversé toutes les normes raisonnables de travail et de milieu et par ce fait, ils ne peuvent pas soutenir l'effort. 

Parce qu'il y a une affaire de bien importante avec nos médecins et ceux en première ligne, ceux qui sont au front, et c'est pour cela que même nous dans l'armée les soldats s'entraînement continuellement, on les tient en forme pour pouvoir soutenir l'effort et continuer à œuvrer. 

Donc pour soutenir cet effort-là, il faut savoir gérer le moment où on voit que notre objectivité est en péril, est en question. 

Moi, j'ai demandé vers la fin de ma mission d'être relevé de mes fonctions parce que j'avais réalisé que je n’étais devenu pas une menace, mais un empêchement à une objectivité essentielle pour pouvoir continuer à commander. 

Donc l'institution doit reconnaître qu'il arrive ces moments-là et qu'elle soit en mesure d'y répondre, mais aussi, l'individu doit être reconnu quand il se pousse à un tel extrêmement qu'ultimement, ce qu'il essaie de faire, c'est d'atténuer toute cette culpabilité, tout ce mal, tous ces dilemmes éthiques qui les déchirent et essentiellement, ils veulent s'autodétruire, littéralement. 

Dre Jillian Horton  

Général, avant de terminer, y a-t-il d'autres choses que vous aimeriez dire aux médecins et aux travailleurs de la santé du Canada? 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire 

Moi, je pense que tout de suite en partant, il faut qu'ils aient reconnu qu'ils n'auront pas tout ce dont ils ont besoin pour accomplir la mission et deux, qu'ils vont faire face à un pays qui est maintenant pris au combat dans une guerre et que ce qu'eux font aura un impact sur l'ensemble de la population, tant sur la capacité de continuer à œuvrer que sur les résultats de leurs efforts. 

Et donc, ils ont une énorme responsabilité, mais ils ont aussi l'atout le plus précieux, c'est l'instinct professionnel, les valeurs fondamentales de l'être humain d'être un Canadien qui est professionnel à l'œuvre, donc qui est guidé par cet instinct, his gut feel. 

L'instinct professionnel doit toujours être présent. 

Et lorsqu'on ressent qu'on a perdu cette capacité de pouvoir analyser d'une façon quasiment spontanée la situation, il est temps d'arrêter et de prendre un répit pour pouvoir la récupérer. 

Parce que c'est cela qui va atténuer les problèmes ultimement de gens qui vont se sentir terriblement coupables pour ne pas avoir pu faire plus. 

Et dans le fond, ils font tout ce qui est possible, mais le scénario était contre eux. 

Dre Jillian Horton  

Général Dallaire, je vous remercie du fond du cœur et je vous suis reconnaissante pour votre sagesse, vos conseils et les services que vous avez rendus à la nation. 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire 

Madame, je demeure attentif à l'après-guerre, à l'après-guerre qu'on a avec ce virus et comment nous allons pouvoir œuvrer parce que c'est là que les blessures vont vraiment ressortir. 

Et j'espère pouvoir être utile à ce moment-là. 

Dre Jillian Horton  

Merci. 

Lieutenant général et honorable Roméo Dallaire 

Merci bien! 

Dre Jillian Horton  

C'était Jillian Horton. 

Merci d'écouter la série de webinaires sur la COVID-19 présentée par Joule. 

Prenez soin de vous et à bientôt. 


Augmenter sa résilience en période d’incertitude

Durée : 29:02

Dr Ron Epstein

Le Dr Ron Epstein, expert en pleine conscience, fait appel à des théories universitaires pour explorer les manières dont les médecins peuvent utiliser la pratique de la pleine conscience dans le but de gérer leur stress et de renforcer leur résilience lorsque l’incertitude règne.

Lire les notes de l’épisode

Dre Jillian Horton 

Bonjour et bienvenue à la série d'apprentissage COVID-19 à l'intention des médecins présentée par Joule et l'Association médicale canadienne. 

Je suis la docteur Jillian Horton, interniste généraliste, éducatrice médicale, écrivaine et baladodiffuseuse. 

Je suis votre hôte pour cette série. 

L'application clinique de la pleine conscience dans les soins des patients est décrite, mais il y a beaucoup de documentation qui démontre bien que les prestataires de soins de santé pourraient en tirer profit et apprendre comment appliquer la pleine conscience à leur pratique. 

Dr Ronald Epstein est une autorité depuis plus de 20 ans à ce sujet. 

Lors de ce webinaire, nous voulons vous donner une meilleure compréhension de l'utilisation de la pleine conscience pour atténuer le stress et la détresse auxquelles vous devez faire face à l'heure actuelle en raison de la crise de la COVID-19. 

Dr Epstein se joint à moi de l'Université de Rochester. 

Ron, merci beaucoup d'avoir pris le temps d'être avec nous aujourd'hui. 

C'est un plaisir. Heureux de vous voir. 

Dr Ron Epstein 

Moi aussi. 

Dre Jillian Horton 

Pour commencer, pouvez-vous rappeler à tous de quoi nous parlons lorsqu'on utilise le mot pleine conscience ? 

Nous parlons d'une attitude de la pensée, de l'esprit. 

Dr Ron Epstein 

Être présent au moment présent, de penser à ce qui est vraiment important, de vraiment réguler vos activités et votre conscience à la situation, que ce soit des situations agréables ou désagréables. 

Nous avons tous cette qualité, mais nous pouvons la stimuler. 

Dre Jillian Horton 

Certaines personnes disent que la pleine conscience n'est pas très pertinente à l'heure actuelle. 

Très certainement, certains collègues vont vous dire : « J'ai besoin de ventilateurs. J'ai besoin d'équipement de protection individuelle. » Pourquoi voit-on ce genre de réaction ? 

Avons-nous besoin d'autres techniques pour s'autoréguler, principalement en temps de crise ? 

Dr Ron Epstein 

Je ne débattrai pas l'importance des ventilateurs, ni même des fournitures médicales. 

Mais il y a d'autres façons de se maintenir en sécurité, en santé et bien présent. 

L'une d'entre elles est de comprendre quelles sont vos propres réactions aux situations. 

Très souvent, on a fait face à des situations très difficiles qui vous donnent la nausée et vous voulez les éviter. 

Mais à un moment donné, cela nous rattrape. 

Vous pouvez peut-être adopter des comportements face à ces circonstances difficiles. 

La pleine conscience, c'est une façon consciente de reprendre le dessus, d'examiner ce que l'on fait, d'être présent auprès de ceux qui ressentent de la détresse et faire ce qui est dans le meilleur intérêt de nos patients et dans notre meilleur intérêt aussi. 

Pourquoi à l'heure actuelle devrions-nous utiliser la pleine conscience ? 

Je vous dirais que nous faisons face à une incertitude très importante et c'est très difficile d'évaluer le niveau d'incertitude. 

Pour être sarcastique, c'est le genre d'incertitude qu'on aurait dans certaines situations. 

Je vous dirais que 70 % des gens pourraient tirer profit d'un traitement ou non. 

Mais c'est difficile d'évaluer ce qu'est un 70-30 %. 

Avec la COVID-19, c'est une incertitude systémique : on ne connaît pas les limites, on ne connaît pas les frontières. 

On essaie de les connaître. 

La résolution de problème ne peut nous aider que jusqu'à un certain moment. 

Puis, nous devons nous apercevoir qu'il y aura une partie d'incertitude qu'on ne peut pas mettre de côté ni se débarrasser. 

Selon moi, une réaction saine à cette incertitude systémique serait la curiosité, ouvrir notre esprit, essayer de comprendre, voir qu'il y a des patients exceptionnels qui vont très bien et d'essayer de comprendre pourquoi. 

C'est lorsque vous ferez preuve d'ouverture que vous serez en mesure d'agir suite à ces observations. 

On ne parle pas de la pleine conscience lorsque vous êtes assis près d'un étang, tranquille avec un paysage merveilleux. 

On parle plutôt de pleine conscience lorsqu'il y a un code ou lorsqu'on procède à une intubation, lorsqu'un patient ne va pas très bien et lorsque vous devez à ce patient et aux membres de la famille, quel genre d'attitude devriez-vous avoir dans ces circonstances exceptionnelles. 

Dre Jillian Horton 

Pourriez-nous nous parler un peu de la pleine conscience et de la littérature disponible ? 

Quelles sont les applications que l'on pourrait faire dans un environnement médical très intense ? 

Dr Ron Epstein 

Il y a quelques preuves sur l'utilisation de la pleine conscience au sein des équipes de réanimation cardiaque. 

Lorsqu'on forme des équipes à être plus conscientes, les résultats sont beaucoup mieux, la communication s'améliore entre les membres de l'équipe. 

Nous savons que lors d'une réanimation, on n'écoute pas nécessaire nos collègues. 

Le transfert d'informations est difficile. 

Les gens doivent être capable de prendre quelques instants, de prendre une pause avant de réagir. 

Et il semble que les résultats sont beaucoup mieux. 

Il y a d'autres preuves encore mais à l'extérieur de la médecine, principalement auprès de premiers répondants et au sein des militaires. 

Les militaires utilisent beaucoup la pleine conscience pour éviter des comportements irrationnels face à un stress extrême. 

Ne pas répéter les erreurs de la guerre, s'assurer que les équipes et les individus soient capables de s'arrêter, prendre une bonne respiration, réévaluer, se reconcentrer, retrouver un peu de calme et être présent avant de poursuivre. 

Cela ne prend pas beaucoup de temps, vous savez, lorsque vous pratiquez les techniques de pleine conscience, principalement lorsque vous mettez l'accent sur des situations urgentes. 

Dans certaines circonstances, vous devez avoir un sain niveau de pleine conscience pour faire face aux imprévus. 

Prenons pas exemple un chirurgien. Moi, je ne suis pas chirurgien, mais je sais bien qu'apprendre les techniques, l'utilisation des instruments chirurgicaux, comment procéder à une suture peuvent être faits, mais c'est vraiment la prise de décision à chaque étape qui fait d'un chirurgien un bon chirurgien. 

Et je dirais que c'est la même chose pour ceux qui font face à cette incertitude. 

Dans un moment de stress, être capable de prendre un peu de recul, comprendre nos propres pensées, nos propre sentiments, cela nous permet de mieux écouter les autres autour de nous, écouter notre entourage, nos patients. 

Dre Jillian Horton 

Prenons quelques instants pour parler de résilience. 

Nous savons que la résilience est un mot qui fait réagir les médecins et les apprenants. 

On a l'impression de ne pas être assez résilient pour travailler dans un endroit stressant. 

Mais il y a d'autres façons d'aborder la question de la résilience. 

Pouvez-vous nous expliquer la définition de la résilience ? 

Et pourquoi est-ce que les gens ne devraient pas résister, même à l'heure actuelle, à l'apprentissage de la résilience ? 

Dr Ron Epstein 

Je vous dirais que juste le fait d'avoir réussi à passer au travers la chimie organique et l'école de médecine, nous, en tant que médecins, nous sommes intrinsèquement très résilients. 

Et c'est vrai aussi pour les infirmiers et les infirmières et les intervenants de première ligne. 

Cette résilience est présente. Nous avons cette capacité. 

Il y a aussi une résilience à court terme que l'on utilise en temps de crise, et une résilience à plus long terme, ce qui fait que le stress issu des soins cliniques ne nous attaque pas à long terme. 

Moi, ce qui me préoccupe le plus, c'est la résilience à long terme. 

C'est la résilience qui va au-delà de l'heure dont on a besoin au travail. 

La résilience était une idée qui a été mise de l'avant par des ingénieurs. 

Si on y réfléchit, disons que l'on construit un édifice avec des vents violents. 

L'édifice pourrait bouger éventuellement, mais il doit reprendre sa forme, donc c'est de revenir à son état premier. 

Les organismes vivants ne fonctionnent pas de cette façon-là. 

Nous sommes en croissance, nous sommes en mode de régénération. 

La résilience intrinsèque est nécessaire à la croissance. 

Si nous sommes sous stress, c'est très difficile. 

Les cellules du corps doivent se régénérer. 

Si vous n'étiez pas capable de vous régénérer, vous ne seriez pas une personne résiliente, même si on y pense de façon superficielle. 

Dans le cas d'une crise comme celle que nous avons, nous ferons l'expérience d'un type de croissance. 

Donc inclus dans cette idée de résilience, c'est d'essayer de trouver ces petits éléments qui nous feront croître, non sur le plan physique, mais émotionnellement et spirituellement, ces éléments qui nous soutiennent, qui nous permettent d'accroître notre potentiel en tant qu'être humain. 

Si on pense à la pleine conscience, on y trouve quatre catégories. 

Cela va accroître notre capacité d'attention, accroître notre curiosité, principalement lorsque la situation est stressante et qu'on se serait plutôt refermé. Cela nous permettra de nous ouvrir. 

Je suis un médecin en soins palliatifs. 

À tous les jours, je fais face à des situations où il y a beaucoup de conflits, des conflits avec les membres de la famille, avec le patient, etc. 

Ce serait tellement tentant d'accélérer les choses et de prendre une décision rapidement. En fait, si vous ralentissez et écoutez ce qui se passe autour de vous sans agir rapidement, très souvent, les conflits se résolvent d'eux-mêmes. 

La troisième chose, c'est lorsqu'on commence, lorsqu'on débute. 

C'est très important dans les situations où on a des éléments inattendus. 

C'est très difficile d'appliquer ce qui s'est passé en 1918 lors de la peste noire. 

Et très souvent, nous ne pourrons pas. 

Bien sûr et certainement, la technologie a changé. 

Si on retourne à il y a de cela 10 ans avec le SRAS, nous devons avoir la capacité de voir la situation telle qu'elle est, en fait, de voir les être humains. 

Donc cette curiosité est là. 

Le quatrième point, c'est la présence. 

C'est peut-être un peu plus difficile à définir. 

Mais nous savons ce que c'est lorsque nous sommes vraiment présents pour quelqu'un d'autre, lorsque quelqu'un est présent pour nous. 

En soins de santé, c'est toujours important, principalement maintenant, lorsque les gens se sentent débordés et qu'on veut tout simplement s'isoler. 

Il y a plusieurs façons d'être présent. 

Plusieurs de ces solutions sont simples. 

Depuis le début de la crise, j'appelle, j'envoie des courriels, des textos, des petits messages à des amis ou des collègues, des personnes à qui habituellement je n'aurais pas parlé. 

Cela crée un sens de présence virtuelle. Ce n'est pas obligé d'être trop long. 

Un petit message d'une ligne est suffisant. 

C'est une façon d'établir des liens avec ses collègues qui peuvent se sentir isolés. 

Avec les patients, plus le cas est complexe et difficile, plus il est important de prendre 30 secondes ou même une minute ou même 90 secondes au début de chaque rencontre pour bien écouter. 

Peut-être que vous avez déjà quelques idées en tête, mais attendez, posez la question. Prenez le temps et écoutez. 

Cela aura certains effets, notamment, vous serez plus attentif, plus curieux, pour ouvert, plus ouvert aux nouveautés de la situation. 

Puis, la personne qui est avec vous sera entendue. 

Cela va réduire leur activité [sympathique] 

et elles seront prêtes à vous écouter par la suite. 

Donc investir de 30 à 60 secondes au début d'une rencontre est très bien. 

Une autre façon, ce serait de prendre une petite pause au cours de la journée. 

Des pauses de deux ou trois secondes. 

Disons que vous avez terminé avec un patient et vous allez au deuxième cubicule, que faites-vous ? 

Vous allez probablement aller vous laver les mains et vous sécher les mains. 

Que pouvez-vous faire durant ces quelques instants ? 

Alors, nous pouvons désinfecter nos mains au cours de la crise, mais que pouvons-nous faire pour mettre de côté les problématiques du cas antérieur ? 

Comment pouvez-vous vous préparer pour bien écouter le prochain patient ? 

Personnellement, lorsque je touche la poignée de porte, je prends une inspiration. 

Mentalement, je mets de côté ce que je viens de voir. 

Je sais que c'est là, je ne fais que de le mettre de côté. 

Avec cette respiration, j'ai cette sensation d'ouverture lorsque j'entre dans le cubicule ou dans la chambre. 

Il y a très souvent une tendance à nier ou à atténuer la situation. 

Mais je vous dirais que maintenant, les gens perçoivent très rapidement à travers le masque. C'est une tendance non intentionnelle, vous savez. 

C'est une réaction humaine. Nous ne voulons pas que les gens souffrent. 

On ne veut pas que les gens anticipent la douleur. 

Mais lorsqu'on amoindrit la situation, on peut déclencher la méfiance. 

C'est là où l'idée de la pleine conscience du débutant est importante, principalement en cas d'incertitude systémique. 

Nous n'avons aucune idée de ce qui nous attend. 

Ne pas connaître l'avenir nous donne de l'espoir. Il y a toujours place à l'espoir. 

Lorsque l'on confronte l'aspect catastrophique de la situation actuelle, cela ouvre l'espace à un véritable espoir plutôt qu'à prétendre qu'il y a de l'espoir. 

Un dernier point à mentionner. 

L'un des meilleurs conseils que j'ai reçus auparavant, c'est de ne jamais être seul. Ne soyez pas préoccupé seul. 

Si vous avez des craintes, et je vous dirais que tout le monde a des craintes et des appréhensions, des appréhensions pour nous-même, pour les membres de notre famille, pour nos emplois, nous avons tous des appréhensions par rapport à quelque chose, deux choses à se rappeler. 

Essayez d'établir des liens avec vous-même. 

Nous sommes tous résilients, solides, forts. 

Essayez de mieux vous connaître. 

On a tous déjà fait face à l'adversité auparavant. 

En plus d'établir des liens avec vous-même, essayez d'établir des liens avec d'autres. 

Pensez à ceux qui vous ont nourri. Il y a des gens qui ont besoin d'eux, de vous. 

Vous devez tendre la main. 

C'est dans ces moments, lorsque vous avez peur, pensez à ceux qui se sont occupés de vous. 

Cela peut être un petit texto de deux lignes, un petit appel de cinq secondes, un courriel, peu importe le moyen de communication. 

Juste le fait d'établir ce pont, ce lien, c'est déjà important. 

Dre Jillian Horton 

Ron Gill et votre collègue Mick Grasmere présentent des retraites depuis plus années. J'ai déjà participé à l'une de ces retraites de pleine conscience. 

Ce qui m'a frappé, c'est qu'en plus de la pleine conscience, l'un des aspects restaurateurs de cette expérience, c'était le soutien des pairs. 

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi les pairs et les collectivités ou les communautés sont une partie intégrale de l'apprentissage de la pleine conscience des médecins ? 

Dr Ron Epstein 

Il est important de faire preuve ou d'exercer la pleine conscience. 

Mais c'est aussi difficile. 

Si on regarde le côté sombre, examiner nos propres difficultés, être conscient et essayer de voir la situation telle qu'elle est et non pas comme vous aimeriez qu'elle soit, c'est un travail ardu. 

Habituellement, lorsqu'on participe à des classes, le faire en communauté au lieu de le faire seul, c'est tout simplement parce que même si on ne parle pas des luttes internes, de vos luttes intérieures, vous savez que des gens doivent faire face à ces luttes, à ces conflits internes avec ce même engagement, avec ces mêmes objectifs, avec cette compassion. Ils veulent être efficaces. 

Et cela peut être très puissant, vous savez. 

Vous le ressentez lorsque vous pénétrez dans une salle où les gens ont le même objectif. 

Lorsque vous quittez cette pièce, ce sentiment ne disparait pas. 

Vous devez établir des façons de maintenir ces liens. 

Vous avez des façons de le faire, même si on doit maintenir une distanciation sociale. 

Parfois, on doit procéder à des réunions à distance. 

C'est toujours possible de maintenir ce sentiment de connexion. 

Dre Jillian Horton 

Dans cette série, nous voulons donner des conseils à nos auditeurs pour qu'ils puissent améliorer leur contrôle dans cette situation et améliorer leur mieux-être. 

Pouvons-nous passer quelques instants pour discuter de l'écoute active et comment nous pouvons l'utiliser dans un format en ligne ? 

Dr Ron Epstein 

Je vous dirais, la présence virtuelle que nous avons créée en ligne est absolument plus puissante auprès de gens qu'on a déjà rencontrés auparavant en personne. 

Je vous dirais donc qu'il y a deux catégories de relations virtuelles pour maintenir ces liens virtuels. 

Vous pouvez maintenir un lien avec des gens que vous connaissez. 

Par exemple, j'ai un petit-enfant de trois mois à Los Angeles, nous sommes allés le visiter déjà deux fois avant le début de la crise COVID. 

Nous faisons maintenant des séances Zoom, en fait peu importe la plateforme. 

Alors la transition entre la présence physique et la présence émotionnelle est beaucoup plus facile. 

Si on a déjà rencontré quelqu'un, disons lors d'une réunion de travail ou quelqu'un que vous ne voyez pas souvent, je vous donnerais quelques conseils. Ne parlez pas trop longtemps. 

Parlez pour 30 secondes, 60 secondes et laissez les autres s'exprimer. 

Parce que c'est très facile de se désengager. 

C'est très facile d'aller voir vos courriels sur un autre écran. 

Et il faut faire un effort conscient pour interagir. 

C'est possible de faire un contact visuel quand vous devez regardez la caméra et non pas nécessairement le visage de la personne devant vous. 

Donc une fois de temps en temps, regardez la caméra comme si c'était le visage de la personne pour maintenir ce lien virtuel. 

Essayez de comprendre quelles sont les intentions de l'autre personne. 

On en apprend beaucoup avec le langage corporel et la posture. 

Mais ce n'est pas la même chose que lorsqu'on se rencontre personnellement. 

La fréquence et la familiarité avec la personne. 

Très souvent, la situation peut sembler un peu étrange, puis cela s'améliore. 

Puis sachez reconnaître votre niveau de saturation. 

C'est intéressant pour moi car la distance physique a renforcé les liens avec les membres de ma famille, avec mes collègues. Je communique davantage avec mes collègues que je ne l'ai jamais fait auparavant. 

Je tends la main. 

Mais il y a eu une journée où j'ai eu six heures consécutives de Zoom. 

Six heures de réunions personnelles, c'est beaucoup. 

Donc il faut savoir reconnaître qu'on a des limites. 

Alors très souvent, je planifie des rencontres de 30 minutes ou d'une heure au maximum. 

Il faut essayer de naviguer la situation. 

Ce n'est pas comme cela qu'on avait appris à le faire. 

Nous devons apprendre à accroître les liens sociaux tout en maintenant la distanciation sociale. 

Dre Jillian Horton 

Avant de terminer aujourd'hui, pouvez-vous parler de l'activation vagale et de la respiration ? 

Donnez un conseil simple à nos auditeurs. 

Dr Ron Epstein 

Auparavant, je parlais de deux petites choses faciles à faire, notamment lorsque vous passez d'un cubicule à un autre ou d'une chambre à une autre, puis de prendre quelques minutes de silence lorsque vous entrez dans une salle. 

On peut contrôler le ton vagal. 

C'est un exercice qui nous permet de ressentir notre fréquence cardiaque, notre niveau d'oxygène, sentir nos pensées et ne pas se sentir débordé. 

C'est assez simple. Vous n'avez qu'à prendre une inspiration pendant quatre secondes, tenez-la pendant quatre secondes et expirez pendant quatre secondes. 

Puis, quelques respirations normales et recommencez le cycle. 

Vous pouvez le faire lorsque vous faites vos rondes, lorsque vous travaillez de façon normale. 

C'est tout simplement de le faire de façon consciente, respirer de façon consciente. 

Je peux faire quelques exercices avec vous pour que vous ayez une idée. 

Lorsque vous êtes prêt, prenez une bonne inspiration. 

Comptez jusqu'à quatre, un, deux, trois, quatre. 

Retenez votre respiration quatre secondes, trois, deux, un. 

Puis expirez, deux, trois, quatre. 

Puis, prenez quelques respirations normales à votre propre rythme. 

Voilà. 

Prenez quelques respirations normales pendant 10 secondes. 

Retenez votre respiration pendant quatre secondes. 

Expirez pendant quatre secondes. 

Cela semble extrêmement simple, vous savez. 

La pleine conscience, c'est une pratique, ce n'est pas une technique. 

Ce serait un exercice à pratiquer tous les jours et de le répéter. 

C'est comme lorsqu'on apprend à jouer du piano, à jouer au tennis, il faut répéter. 

C'est acquérir une habitude. 

Si vous pratiquez un exercice de respiration tous les jours, à un moment donné, cela reviendra automatiquement pendant un moment de stress. 

Lorsqu'il y a un code, une situation d'urgence, il y a tellement de choses qui sont hors de votre contrôle dans ces situations. 

Mais vous pouvez contrôler votre réaction à cette situation. 

Cette réaction, c'est d'être plus présent, être calme, disponible, comprendre la nouveauté de cette situation et essayer de trouver la solution unique à cette situation. 

Et votre journée va être mieux que par le passé. 

Dre Jillian Horton 

Ron, merci beaucoup d'avoir pris le temps d'être avec nous aujourd'hui, de partager vos connaissances et votre expérience. 

Dr Ron Epstein 

Merci, c'était un plaisir. 

Dre Jillian Horton 

Je suis Jillian Horton, merci de vous être joints à nous pour cette série de webinaires sur la COVID-19 propulsée par Joule. 

Prenez soin de vous. Merci de faire ce que vous faites et je vous revois sous peu. 


La sécurité des enfants durant la pandémie de COVID-19

Durée : 20:04

Dr Jared Bullard

Le Dr Jared Bullard, pédiatre et expert en maladies infectieuses, donne des trucs pour parler de la COVID-19 avec les enfants et les rassurer, et sur comment les protéger et les garder en santé.

Lire les notes de l’épisode

Dre Jillian Horton 

Bonjour et bienvenue à cette série de vidéos d'information médicale qui vous est présentée par Joule et l'Association médicale canadienne. 

Je m'appelle Jillian Horton et je suis médecin interniste généraliste, éducatrice médicale, auteure et baladodiffuseuse. 

Je serai votre hôte pour la série. 

De nombreux médecins conviendront que la vie familiale et la vie professionnelle ne sont pas toujours faciles à concilier. 

La Covid-19 bouleverse nos quotidiens. 

Non seulement nous devrons nous occuper de patients dans des circonstances nouvelles et essayer de ne pas ramener à la maison une maladie hautement contagieuse. 

Mais si nous avons des enfants, nous devons les aider à traverser une période difficile tant sur les plans physiques que psychologique. 

Mon invité d'aujourd'hui est le docteur Jared Bullard, pédiatre spécialiste des maladies infectieuses à l'Université du Manitoba. 

Docteur Jared est également l'époux d’un médecin basé en milieu hospitalier et le père de deux jeunes enfants. 

Jared, merci beaucoup du temps que vous m'accordez aujourd'hui. 

Dr Jared Bullard 

Je vous en prie, c'est un plaisir. 

Dre Jillian Horton 

Jared, des enfants de tout âge et même des tout-petits connaissent maintenant l'existence de la Covid-19. 

Ils ne sont pas à l'école ou à la garderie, ils ne peuvent pas voir leurs amis, et si leurs parents sont médecins, plus ils sont vieux, plus ils se rendent compte que leurs parents de par leur travail sont exposés à des risques particuliers. 

Pourriez-vous d'abord nous parler comme pédiatre et ensuite peut-être comme père de deux jeunes enfants de la façon dont nous devrions parler de la Covid-19 aux enfants? 

Dr Jared Bullard 

Certainement. 

Je pense que c'est une inquiétude de ma part comme médecin spécialiste des maladies infectieuses. 

Évidemment, je crains de ramener le virus chez moi. 

Et comme pédiatre, j'ai été formé quant à la façon de parler aux enfants à diverses étapes de leur développement. 

Ce qu'on dit à un bambin ou à un enfant d'âge préscolaire n'est pas ce qu'on dirait à un adolescent. 

J'ai vu de bonnes ressources documentaires produites par la Société canadienne de pédiatrie qui nous expliquent comment parler aux enfants de la Covid-19, mais aussi comment leur parler des catastrophes. 

C'est tout à fait inhabituel et je suppose que les enfants se posent toutes sortes de questions sur ce qui se passe. 

Il y a plusieurs facteurs qui interviennent. 

Il faut évidemment tenir compte de l'âge de l'enfant. 

Je pense que lorsqu'on parle de bébés, eux ils sont peut-être dans la confusion, mais ils se rendent peut-être compte qu'un parent ou les deux parents sont à la maison plus souvent qu'ils ne l'étaient, et ils aiment sans doute toute l'attention qu'on leur donne. 

Ça se présente également chez les enfants d'âge scolaire. 

Je pense qu'ils vont se rendre compte si leurs parents sont stressés, que ça soit un médecin ou n'importe quel autre parent. 

Alors, évidemment il faut essayer de comprendre où se situe l'enfant dans l'échelle de développement. 

Il n'y aura pas une solution qui conviendra dans tous les cas, et avec les enfants d'âge scolaire, on peut dire qu'ils comprennent beaucoup mieux ce qui se passe et ils parlent avec leurs amis sur les plateformes des médias sociaux, ils suivent les nouvelles, ils discutent de ces questions. 

Les adolescents, évidemment, sont à un autre niveau de développement. 

Ils parlent de ces questions avec leurs groupes d'amis, ils comprennent qu'il y a quelque chose d'inhabituel qui se passe. 

Et aussi, ils se trouvent dans la situation où ils ne peuvent pas avoir de lien avec leurs amis pour discuter de toutes ces questions. 

Évidemment, il y a aussi toute la tourmente émotive propre à ces années d'adolescence. 

Alors il faut d'abord connaître son enfant, savoir comment lui parler. 

Et ensuite, il s'agit de comprendre que les questions qu'il se pose ne sont peut-être pas celles auxquelles vous vous attendriez. 

Est-ce que c'est compréhensible? Oui, tout à fait. 

Dre Jillian Horton 

Des collègues me disent qu'ils ne peuvent pas dormir tant ils sont anxieux. 

En tant que clinicien et s'agissant toujours des enfants, que conseilleriez-vous aux parents de faire pour aider les enfants qui ressentent beaucoup d'anxiété ou qui manifestent des symptômes réactifs tout à fait normaux comme des changements comportementaux. 

Dr Jared Bullard 

Je pense qu'il faut d'abord essayer de comprendre la cause première de cette anxiété et je pense que lorsque le parent est médecin il faut bien se rendre compte qu'il faut faire attention aux sujets qu'on aborde lors des repas parce que ce qui nous intéresse, nous, va peut-être causer de l'anxiété chez eux. 

Et les enfants d'autres types de parents ont d'autres craintes. 

Ils font face évidemment à tout ce qui est dit dans les nouvelles, mais aussi je pense qu'ils ont une inquiétude particulière parce que leurs parents pourraient peut-être être exposés au virus, et je pense que c'est une crainte chez eux. 

Et évidemment, il y a des médecins parmi nous qui ont du mal à dormir, et moi j'ai été de ce nombre pendant les premières semaines. Je pensais à tout ce qu'il fallait faire. 

Alors c'est important de comprendre quelle est la cause première de leur anxiété parce que peut-être ils craignent que vous soyez hospitalisés ou que vous vous retrouviez à la clinique avec la maladie. 

Et eux, ils pensent à leur propre sécurité parfois, mais ils s'inquiètent plutôt de votre sort à vous, et ils se demandent comment ils vont pouvoir s'occuper de leurs parents. 

Évidemment, d'entendre seulement les mauvaises nouvelles comme le taux élevé de mortalité, ils craignent que leurs parents puissent peut-être mourir de ce virus. 

Alors il faut avoir une bonne discussion avec les enfants, quel que soit leur âge. 

Je vais vous donner un exemple de ce que ma femme et moi avons fait si ça vous convient. 

Oui, allez-y. 

Eh bien, mon fils a fait un projet de science en quatrième année. 

Il a fait un exposé sur le coronavirus 2 du SRAS. 

Je suppose qu'il pensait que je pourrais bien le conseiller. 

Bon. C'est sûr qu'il avait déjà un certain niveau de connaissance. 

Donc il manifestait un certain niveau d'anxiété, mais il a apprécié le fait que nous lui disions que nous allions faire tout ce que nous pouvions faire au travail pour demeurer en sécurité, et que nous allions soigneusement nous laver les mains, lorsque nous devions traiter un patient, faire tout ce qui pouvait assurer notre sécurité. 

Donc nous sommes assurés d'avoir des gants, de porter un masque chirurgical. 

Nous avons dit aux enfants: ''Nous allons faire cela tous les jours.'' Et nous avons procédé à des répétitions. Nous voulions qu'ils se rendent compte que nous le faisions. 

Alors on s'exerce. 

Habituellement, quand il y a une infection chez moi, je suis le dernier à le ressentir parce que je suis très prudent. 

Mais c'est évidemment mon travail quotidien. Et quand la famille compte deux médecins, c'est peut-être autre chose. 

En fait, ma femme et moi nous nous sommes exercés à mettre et enlever notre équipement protecteur. 

Il faut que ça devienne une habitude. 

Alors, nous avons parlé de cela, nous avons commandé des vêtements spéciaux. 

Alors nous avons notre propre combinaison chirurgicale, nous avons des blouses de laboratoire, nous avons nos propres lunettes, et nous avons dit aux enfants que nous allions nous protéger le plus possible. 

Lorsque nous rentrons à la maison, nous enlevons les vêtements, nous les lavons, nous les faisons sécher. Nous prenons donc ces précautions. 

Nous prenons une douche, et même lorsque nous sortons et que ça n'a rien à voir avec la santé, quand nous rentrons, nous nous lavons les mains immédiatement. 

Et les enfants voient tout cela. Ça les rassure. 

Pour les aider à lutter contre l'anxiété, nous avons fait attention de bien choisir nos sujets de discussion lors des repas. 

Nous sommes assurés de laisser le travail au travail le plus possible lorsque nous rentrons à la maison. 

Nous essayons de nous consacrer à nos enfants. Nous leur demandons ce qui s'est bien passé pendant la journée et nous les avons emmenés à essayer aussi de participer à ce processus d'information. 

Alors ce n’est pas nécessairement quelque chose qui va de soi. 

Dre Jillian Horton 

Jared, pour ceux qui voudraient apprendre à la maison comment améliorer la façon dont ils mettent et enlèvent leur équipement protecteur et compte tenu du fait que la maladie se manifeste peut-être différemment selon l'endroit où on se trouve, et que les protocoles à suivre diffèrent peut-être, y a-t-il tout de même des sources d'informations vers lesquelles vous dirigeriez les gens s'ils veulent améliorer la façon dont ils mettent et enlèvent l'équipement protecteur? 

Et comment vous y prenez-vous vous-même pour vous sentir à l'aise et en sécurité? 

Dr Jared Bullard 

Je dirais qu'il est important de voir ce que recommandent les différentes instances sanitaires. 

Et vous allez constater que la plupart du temps, ils ont les mêmes sources d'informations. 

J'ai mentionné le cas de Shared Health ici au Manitoba. 

Mais comme vous l'avez dit, c'est vraiment quelque chose qu'on doit conceptualiser soi-même. 

Il faut s'exercer beaucoup, ce que ma femme et moi avons fait. 

Une fois qu'on a enlevé son équipement protecteur, la zone de danger c'est le visage. 

Chaque fois qu'on a l'intention de se toucher le visage, on devrait éviter de le faire. 

C'est plus facile à dire qu'à faire. 

Lorsqu'on a des lunettes ou un filet pour les cheveux, ce qui n'est pas nécessaire dans mon cas, eh bien on veut éviter de se les toucher parce que chaque fois qu'on contamine ses mains, ça va poser un problème. Alors, essayez de réduire le contact avec votre visage et votre tête. C'est très important. 

Et lorsque vous voulez enlever votre équipement protecteur, l'une des choses à faire c'est d'abord d'enlever vos gants et ensuite enlever votre blouse. 

Mais ce que je propose, c'est de détacher la blouse à l'arrière, de ne pas toucher son visage, d'amener ses mains derrière le dos et de se pencher vers l'avant pour que la blouse tombe d'elle-même. De cette façon, on réduit le contact. 

Une fois qu'on a enlevé sa chemise, on se lave les mains. 

C'est très important avant de quitter la chambre d'un patient. 

Moi, très souvent, je me lave les mains de nouveau. 

Alors je me lave de nouveau les mains, et ensuite je fais attention à la façon dont j'enlève mes lunettes. Je me penche et j'enlève mes lunettes très prudemment. Et c'est la même chose avec le masque. 

Je ne veux pas le prendre dans le centre. Je me penche et je l'enlève. 

De cette façon, tout tombe vers le bas. Ce n’est pas une bonne idée de lever les yeux vers le ciel. 

Et ensuite, je me lave encore une dernière fois les mains parce que c'est très important. 

Ma femme et moi avons parlé de nos téléphones. Nos téléphones sont vraiment très sales. 

Il faudrait essayer de ne pas y toucher pendant toute la journée. 

Et à la fin de la journée, il faudrait les nettoyer avec un produit comme celui qu'on utilise pour nettoyer son stéthoscope. 

Ça va fonctionner avec le téléphone. 

Alors c'est encore une fois une question de pratique. Plus on le fait, mieux on va le faire. 

Dre Jillian Horton 

Jared, parlons maintenant d'autres choses pendant un instant. 

Pour ceux qui ne peuvent pas confier leur enfant à un membre de la famille, ce qui n'est pas non plus l'idéal, à moins qu'il s'agisse d'un circuit vraiment clos, parlez-nous de la crainte que ressentent beaucoup de médecins à l'idée d'amener leurs enfants dans une garderie d'urgence ou dans une garderie où ils vont se retrouver avec les enfants d'autres travailleurs de la santé. 

Parlez-nous des risques que pose ce genre de situation d'après vous et des mesures que les travailleurs de la santé pourraient prendre pour atténuer ces risques. 

Dr Jared Bullard 

Eh bien, c'est une très bonne question. 

Je pense que mon épouse et moi avons la bonne chance d'avoir la même gardienne depuis très longtemps. 

Nous lui faisons confiance. Nous savons qu'elle va rentrer à la maison, ensuite elle va venir chez nous s'occuper de nos enfants. 

Mais tout le monde n'a pas ce luxe. 

Comme société nous devons être responsables les uns des autres. 

Il faut pratiquer la distanciation sociale, je pense que ça s'applique aussi aux travailleurs des garderies. 

Je pense qu'il faut trouver quelqu'un en qui on a confiance. 

Il y a toutes sortes d'options. 

Comme vous avez dit, il y a des fournisseurs de soins de garde qui acceptent surtout les enfants des travailleurs de la santé. 

Je sais aussi qu'il y a beaucoup d'étudiants en médecine qui cherchent toutes sortes de façons d'aider en cette période difficile. 

Et certains sont prêts à s'occuper des enfants d'autres médecins. 

C'est aussi important de parler de tout cela avec les fournisseurs de soins de santé. 

Nous avons dit à notre gardienne qu'il est important lorsqu'elle sort et qu'elle rentre de se laver les mains. 

Elle doit aussi avoir du désinfectant pour les mains qu'elle utilise pour désinfecter sa voiture. 

Alors il s'agit de s'aider les uns les autres. C'est vraiment très important. 

Mais c'est vrai, c'est difficile de faire confiance aux gens quand on leur confie nos enfants puisque c'est vraiment ce qu'on a de plus cher. 

Dre Jillian Horton 

Jared, une autre question. 

Il y a bien des gens qui soupèsent en ce moment les avantages et les inconvénients d'un auto-isolement lorsqu'ils ne sont pas clairement obligés de le faire. 

À titre d'exemple, il pourrait ne pas avoir été clairement exposé à un cas confirmé de Covid-19 à l'hôpital. 

Je connais beaucoup de médecins comme vous j'en suis certaine, qui du simple fait qu'ils s'occupent directement de patients atteints de la maladie ont décidé de s'auto-isoler à la maison. 

Pourriez-vous nous dire si c'est vraiment nécessaire et quelle forme l'auto-isolement peut-il prendre dans ce cas. 

Dr Jared Bullard 

Je pense que tout le monde veut être très prudent. 

Ils ne veulent pas que leur famille se retrouve infectée. 

Et ils craignent ce résultat. 

Si vous ne savez pas si vous avez été exposé à quelqu'un qui est atteint de la Covid-19 ou d'une autre maladie infectieuse, s'auto-isoler n'est peut-être pas vraiment la bonne solution. 

Si vous avez des enfants, ce qui va arriver c'est que... 

Ils ont besoin de la présence de leurs parents. 

Ils ont besoin que leurs parents soient disponibles. 

Cela étant dit, évidemment si on est exposé à quelqu'un qui est un cas confirmé de Covid-19, oui, peut-être que c'est important d'envisager l'auto-isolement. 

Mais lorsque les risques sont très peu élevés, ce n’est peut-être pas nécessaire. 

Mais nous en avons discuté ma femme et moi au cas où on serait exposés à la Covid-19. 

Dans ce cas-là, l'un de nous resterait dans la chambre à coucher et l'autre l'aiderait le plus possible. 

Mais évidemment, il faut ne pas faire fi de nos enfants. 

On peut évidemment rester en contact par Facebook, mais de façon générale, je pense que la vaste majorité des médecins ne vont pas se retrouver dans une situation où ils auront été exposés à la Covid-19 et aux risques que cela représente. 

Dre Jillian Horton 

Ma dernière question. Les enfants sont par nature passablement résilients. 

Il est beaucoup question du pic de la courbe de la Covid-19. 

Mais qu'en est-il de cette courbe? Il y a des enfants qui ont du mal à composer avec la situation même s'ils n'ont pas de problème de santé ou de comportement sous-jacent. 

Quelle sera d'après vous la prochaine phase de cette maladie et quelle sera son incidence pour les familles? 

Page Break 

Dr Jared Bullard 

Je pense que ce qui m'a amené à m'intéresser à la pédiatrie, c'est que les enfants sont vraiment très faciles, ils s'adaptent à beaucoup de choses, plus facilement que vous et moi. 

J'aimerais être davantage comme un enfant, mais ça revient à ceci. 

Ça revient à une routine. Les enfants ont besoin d'une routine dans leur vie, peu importe leur âge. 

Et pourvu qu'ils aient cette routine qu'ils répètent chaque jour. 

Ils vont s'adapter. 

Ils vont se dire : « Bon, c'est temporaire, pour l'instant c'est ce que je vais faire. » C'est important de veiller à ce que nous disions aux enfants : « C'est important de faire ton travail scolaire. Il va falloir que tu te lèves tous les jours à la même heure. 

Il va falloir que tu prévoies du temps pour t'amuser, pas trop de temps d'écran, mais suffisamment. » Ils doivent s'assurer aussi d'avoir du temps avec leur famille. 

Ça va être bon pour eux, mais ça va être bon pour vous aussi comme médecin pratiquant. 

Il faut aussi que les enfants participent à l'établissement de la routine. 

Plus ils jouent un rôle actif, plus ils vont être à l'aise. 

Dre Jillian Horton 

Je voudrais maintenant vous remercier, Jared, de nous avoir expliqué comment nous pouvons parler aux enfants de la situation actuelle et de nous avoir donné des conseils pratiques sur les façons dont nous pouvons aider les enfants qui partagent notre vie. 

Dr Jared Bullard 

Je vous en prie. Le plaisir est pour moi. 

Dre Jillian Horton 

Merci de vous joindre à nous pour cette série de webinaires sur la Covid-19 présentée par Joule. 

Prenez bien soin de vous et merci pour tout ce que vous faites, et je vous reverrai bientôt 


Faire face à l’inconnu : leçons de préparation mentale des forces armées

Durée : 23:22

Dre Stephanie Smith

S’appuyant sur son expérience des soins en situation de crise, acquise dans les Forces canadiennes, la Dre Stephanie Smith, résidente, nous parlera du modèle de préparation mentale enseigné dans l’armée, ainsi que de son utilité dans la gestion des facteurs de stress auxquels sont confrontés les médecins à l’heure actuelle. 

Lire les notes de l’épisode

Dre Jillian Horton 

Bonjour et bienvenue à la série de webinaires sur la COVID-19 offerts au médecin par Joule et l'Association médicale canadienne. 

Je suis la docteure Jillian Horton, interniste générale, auteure, baladodiffuseuse et votre animatrice. 

Nous savons que la COVID-19 oblige beaucoup de médecins à œuvrer dans l'inconnu, à trouver de nouvelles façons de travailler face à des pressions extrêmes pour lutter contre un virus que nous n'avons jamais vu. 

Aujourd'hui, nous allons nous inspirer de l'armée canadienne et apprendre comment son programme de planification et de préparation pour affronter l'inconnu peut aider à alléger le stress imposé dans les soins en situation de crise. 

J'accueille la docteure Stéphanie Smith, médecin résidente de Calgary qui a de l'expérience personnelle des soins en situation de crise. 

Avant ses études de médecine, elle a passé plus d'une décennie comme infirmière intensiviste dans les Forces armées canadiennes effectuant deux déploiements en Afghanistan et un autre aux Philippines à la suite du typhon Haiyan. 

Stéphanie, merci de vous joindre à moi aujourd'hui. 

Dre Stephanie Smith 

Tout le plaisir est pour moi, Docteur Horton. 

Dre Jillian Horton 

Vous venez tout juste de commencer votre résidence. 

Je ne pourrais imaginer de période plus difficile pour arriver dans la profession. 

Qu'est-ce que vous entendez chez vos collègues résidents au sujet de l'adaptation à la COVID-19 ? 

Dre Stephanie Smith 

C'est une très bonne question, Docteure Horton. 

La COVID-19 a certainement des conséquences pour les résidents comme pour beaucoup de fournisseurs de soins de santé. 

Je dirais qu'une partie du stress que ressentent les résidents est lié à l'inconnu. 

Ainsi, ils ne savent pas s'ils pourront faire les stages dont ils ont besoin pour être bien préparés à commencer à prodiguer des soins. 

Ils ne savent pas non plus quand ils pourront passer leurs examens. 

Il y a également le stress financier qu'engendre cette situation. 

Leurs enfants ne sont pas à l'école et il leur faut trouver une garderie ou une gardienne pour s'en occuper, ce qui entraîne des frais. 

D'autres personnes sont dans la même situation qu'eux, mais pour les médecins résidents, ça ajoute certainement le facteur de l'inconnu. 

Les programmes de résidences font de leur mieux pour enseigner aux résidents. 

Mon programme de résidence par exemple offre des séances de bien-être à chaque semaine, ce qui nous permet d'exprimer nos inquiétudes. 

Nous pouvons également discuter avec notre directeur de programme de l'acquisition des compétences professionnelles. 

Nous comprenons qu'il y a un certain nombre de consignes à respecter pour assurer la sécurité des patients et aussi notre sécurité à nous. 

La situation a certainement beaucoup changé par rapport à ce qu'elle était il y a six semaines à peine. 

Nous avons beaucoup collaboré les uns avec les autres et nous nous sommes beaucoup appuyés. 

Nous savons que nous sommes tous engagés dans ce parcours ensemble ; on peut même parler d'une aventure. 

Dre Jillian Horton 

Pourrions-nous discuter un peu de la façon, dont votre formation et vos déploiements antérieurs dans les Forces canadiennes vous ont préparée à ce que nous vivons aujourd'hui ? 

Dre Stephanie Smith 

Je dirais que mon expérience dans l'armée m'a appris à accepter l'existence du facteur inconnu. 

Je me suis souvent retrouvée dans des situations où nos ressources étaient limitées et où nous manquions de personnel ou de cliniciens pour prodiguer les soins voulus. 

Il y avait très peu de prévisibilité dans les blessures des patients, le volume de patients pouvait aussi être très élevé. 

Il faut aussi souvent travailler avec des gens avec lesquels on n’a jamais travaillé auparavant. 

Tout cela m'a appris qu'il était possible de se serrer les coudes et de tirer ensemble le meilleur parti possible d'une situation difficile sachant que nous ferons tous face au même défi. 

Il vaut mieux cependant unir ses efforts pour travailler en équipe. 

Les déploiements m'ont appris que l'esprit de corps et le travail en équipe sont précieux. 

Je le constate d'ailleurs tous les jours dans le secteur de la santé. 

Il est bien évident que travailler ensemble quand la situation est corsée est de loin plus efficace que travailler seul. 

Dre Jillian Horton 

À l'école de médecine, vous avez essayé d'adapter à la formation médicale un modèle appelé STRIVE mis au point par les Forces canadiennes. 

Pourquoi pensez-vous que ce modèle serait précieux pour les étudiants en médecine ? 

Dre Stephanie Smith 

J'ai pensé que le programme serait vraiment précieux parce que lorsque j'ai commencé des études de médecine, je me suis rendu compte que les étudiants en médecine étaient exposés assez tôt à des situations traumatiques. 

J'avais fait le même constat lors d'études antérieures en sciences infirmières. 

Comme nouvelle infirmière, on ne s'attendait pas à ce que je fasse la même chose qu'une infirmière d'expérience. 

Hors à titre d'étudiante en médecine, je cherchais à savoir quelle spécialité m'intéresserait pour pouvoir présenter une demande de résidence. 

Dès le début de la formation, les étudiants en médecine essaient d'acquérir de l'expérience dans le plus grand nombre de domaines possible et souvent sans vraiment savoir quelle forme cette expérience clinique prendra. 

Souvent, des camarades de classe venaient me parler de leurs expériences traumatiques. 

Pour certains, ce pouvait être de voir mourir quelqu'un pour la première fois ou de voir des blessures très graves. 

Ils essayaient tout simplement de savoir comment traiter cette information. 

Je me suis rendu compte que mon expérience dans l'armée ne pouvait pas m'avoir préparée à tout ce qui pouvait se présenter, mais mes supérieurs m’avaient toujours assurée qu'ils nous aideraient à nous préparer à faire face du mieux possible à toutes les éventualités. 

Ils nous donneraient les ressources nécessaires à cette fin. 

L'armée m'a aussi fourni une formation à la résilience dans le cadre du cheminement vers la préparation mentale. 

J'ai donc adapté ce modèle aux besoins des étudiants en médecine. 

Le programme STRIVE m'a vraiment permis de me servir de l'expérience acquise dans les Forces armées pour aider mes camarades de classe à se préparer à des événements traumatiques au moyen de simulations. 

Ils pouvaient ainsi exprimer leurs émotions et leurs sentiments et apprendre à composer avec ceux-ci. 

Je leur ai aussi proposé un plan de gestion de ces situations. 

J'ai pensé que c'était l'occasion de faire profiter d'autres personnes des compétences que j'ai acquises dans les Forces armées. 

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Dre Jillian Horton 

Le modèle lui-même comporte certains éléments clés connus sous l’appellation les quatre grands plus. 

Pouvez-vous nous les expliquer l'un après l'autre, en commençant peut-être avec la respiration tactique ? 

Dre Stephanie Smith 

Certainement. La respiration tactique est une méthode facile d'utilisation. 

Les parents apprennent souvent à leurs enfants cette méthode lorsqu'ils sont petits. 

Lorsqu'un enfant est très énervé, ses parents lui demandent souvent de prendre une grande respiration et de se calmer. 

Ça peut être très utile. 

La respiration tactique se fait en quatre temps. 

On inspire pendant quatre secondes, on retient son souffle pendant quatre secondes, on expire ensuite pendant quatre secondes. 

Et on fait enfin une pause de quatre secondes. 

L'objectif, c'est de pratiquer cette respiration pendant quatre cycles, soit une minute, seize secondes par cycle, et idéalement pendant de deux à quatre minutes. 

Ce mode de respiration permet de vraiment calmer notre système nerveux sympathique lorsque notre réflexe est de fuir dans une situation donnée ou lorsque nous nous sentons complètement dépassés par les événements. 

Il peut s'agir d'une expérience clinique directe momentanée ou d'une situation dans son ensemble. 

Cette capacité à prendre de grandes respirations et à faire baisser les battements cardiaques peut vraiment produire un effet thérapeutique. 

Je trouve que cet exercice est vraiment facile à faire où que l'on se trouve et il n'exige pas non plus beaucoup de concentration. 

En prime, c'est aussi un bon exercice pour trouver le sommeil. 

Si vous le voulez bien, parlons maintenant de l'établissement d'objectifs. 

J'aime beaucoup la partie établissement d'objectifs de ce modèle parce qu'elle peut être divisée de deux façons. 

On peut d'abord ce reporter au sigle SMART qui signifie en anglais, Specific, Measurable, Attainable, Realistic and Timely, et que beaucoup de gens connaissent. 

On peut s'en servir pour atteindre de grands objectifs, comme celui de savoir comment l'on va parvenir à traverser cette période difficile et comment les choses vont se présenter dans l'avenir. 

Il y a aussi un autre sigle qui s’appelle WIN, What's Important Now. 

Je crois que ce sigle est facile à retenir dans un milieu clinique lorsque nous savons qu'un patient arrive et que nous nous préparons avec anxiété à le recevoir. 

Ça peut être un grand blessé, mais dans le cas de la COVID, ça peut aussi être le fait de ne pas savoir comment l'expérience va se dérouler et comment d'autres personnes vont y réagir. 

Cet élément du modèle nous permet de nous concentrer sur ce qui est vraiment important et ensuite de faire abstraction de tout ce qui est secondaire par rapport à l'objectif le plus important. 

Qu'il s'agisse d'un objectif à court terme ou immédiat ou d'un plan à long terme, établir des objectifs est quelque chose que nous faisons tous les jours. 

C'est parfois une liste de vérification que nous avons établie pour nous aider à exécuter une tâche que nous accomplissons régulièrement et nous ne sommes peut-être même pas conscients de faire cette vérification. 

Plus on s'exerce à faire cet exercice, plus c'est facile de le faire en pratique. 

Dre Jillian Horton 

Parlons maintenant de la visualisation, à quoi sert-elle ? 

Dre Stephanie Smith 

Docteure Horton, je crois que je dirais que la visualisation est l'élément du modèle que j'aime le mieux parce que j'y ai eu recours de nombreuses fois comme athlète compétitive pour me préparer par exemple a un triathlon. 

La visualisation me permet de passer en revue toutes les tâches que je dois accomplir pour parvenir à un certain résultat. 

C'est facile à reproduire, en particulier dans un contexte de soins de santé. 

Si je veux visualiser par exemple l'arrivée à l'urgence d'un patient qui manifesterait des symptômes que je soupçonnerais être liés à la COVID-19, j'essaierais de visualiser comment l'équipe réagirait à la situation et comment moi-même j'y réagirais et ce que je ressentirais à ce moment. 

La visualisation est aussi une habilité précieuse qui peut être utilisée pour anticiper une situation où tout se déroulerait le mieux possible et plus on est à l'aise avec la technique, plus on peut amener son cerveau à suivre plusieurs routes, jusqu'à une situation qui ne serait pas idéale. 

Il faut ensuite se demander comment faire évoluer la situation pour obtenir de bons résultats. 

Dans le domaine de la santé, nous savons que les résultats ne sont pas toujours positifs, mais le fait de pouvoir envisager à l'avance ces expériences, de pouvoir en parler, de pouvoir anticiper sa façon d'y réagir, de s'aider à trouver la meilleure façon de le faire, nous aide à mieux planifier ce que nous devons faire une fois confrontés à ces expériences. 

Dre Jillian Horton 

Poursuivons notre examen des éléments du programme. 

Pourriez-vous traiter en même temps du dialogue dit intérieur et de la concentration ? 

Dre Stephanie Smith 

Si je pouvais avoir un autre élément favori, ce serait celui du dialogue intérieur. 

Nous pouvons nous dire beaucoup de choses dans notre tête à l'égard des défis que nous devons relever. 

Nous craignons peut-être de ne pas être suffisamment préparés ou d'être incapables de relever le défi du moment et c'est facile de se décourager. 

Il faut se répéter un mantra comme celui que me répétait mon père : « Tu as tout ce qu'il faut ». 

Si je me répète quelque chose comme cela, ça me motive. 

Je me dis que je peux faire ce que je dois faire. 

Je n'ai peut-être pas la formation ou la compétence que j'aimerais avoir. 

Si je m'étais retrouvée plus souvent dans ce genre de situation, mais si je reste positive et que je me dis que je vais m'en sortir, je suis plus susceptible d'avoir un résultat positif et en fait du mieux possible. 

Pour ce qui est de la concentration, les milieux cliniques sont des milieux qui posent de grands défis. 

Nous avons le monologue intérieur dont je viens de parler. 

Nous avons aussi certains besoins naturels qui se manifestent. 

Notre corps réagit aussi d'une certaine façon aux situations. 

Est-ce que je suis fatigué, est-ce que j'ai sommeil, est-ce que j'ai faim ou dois-je aller à la toilette ? 

Tout cela a des répercussions sur ma capacité à maintenir ma concentration. 

Ensuite, il y a les facteurs externes. 

Le patient et sa famille réagissent-ils mal à la situation ? 

Il y a-t-il beaucoup de bruits ? L'éclairage est-il insuffisant pour me permettre de faire ce que je dois faire ? 

Le milieu dans lequel je travaille présente-t-il des risques pour ma sécurité ? 

Est-ce que je crains d'être exposée à un pathogène qui pourrait rendre ma famille ou moi-même malade ? 

L'évaluation de notre concentration nous fait prendre conscience de tous ces facteurs qui interviennent et qui peuvent nuire à mon degré de concentration. 

Être conscient de l'existence de ces facteurs peut me redonner l'impression d'être aux commandes. 

Cela me permet aussi de faire la distinction entre les facteurs sur lesquels j'ai une certaine emprise et les autres sur lesquels je n'en ai pas du tout. 

Je peux donc éliminer ces facteurs et concentrer mon attention sur les facteurs que je peux changer le cas échéant et faire de mon mieux dans les circonstances. 

Souvent, il faut passer d'un état de grande concentration, accomplir une tâche particulière et ensuite, prendre un peu de recul pour évaluer la situation dans son ensemble. 

La concentration nous permet de nous adapter au milieu dans lequel nous intervenons et aux circonstances qui se présentent. 

Dre Jillian Horton 

Je crois qu'il y a maintenant un dernier élément du modèle dont nous devons traiter, et c'est la relaxation musculaire progressive. 

Dre Stephanie Smith 

Avec la concentration, cet élément le plus récent des quatre grands plus, la relaxation musculaire progressive, nous permet de reconnaître comment se manifeste la tension dans notre corps. 

Lorsque nous sommes stressés, le corps a certaines façons de nous le faire savoir. 

Si nous pouvons nous entraîner à utiliser cette habilité, nous pouvons nous rendre compte que notre corps nous dit qu'il ressent du stress et nous pouvons avoir recours aux autres éléments du modèle dont nous avons parlé pour gérer ce stress. 

Un exercice très simple, c'est de serrer les mains pendant de cinq à dix secondes et on peut même observer le changement de couleur, et ensuite les relâcher et l'on voit la couleur des mains redevenir normale. 

Vous pouvez ensuite essayer de passer en revue tout votre corps, les bras, la poitrine et les jambes, pour savoir reconnaître comment la tension se manifeste dans son propre corps. 

Certaines personnes ressentent la tension dans le haut du corps ou dans les épaules, mais d'autres personnes la ressentent ailleurs. 

On peut donc faire un balayage du corps et contracter ses muscles pendant de cinq à dix secondes et ensuite les relâcher. 

Faire cela crée une réaction catatonique chez moi et produit une certaine rougeur. 

Cet exercice peut être très thérapeutique lorsqu'il a lieu en dehors d'une situation stressante. 

Il permet vraiment de reconnaître la réaction du corps à ce type de circonstance, il nous aide à réagir de façon plus positive. 

Dre Jillian Horton 

Si l'on se reporte aux écrits sur le sujet et à votre propre expérience, pouvez-vous me dire si certaines de ces techniques sont plus utiles que d'autres en situation de crise ? 

Dre Stephanie Smith 

Je crois que la réponse à cette question c'est que cela dépend de chaque personne. 

Certaines techniques vont plaire plus à certains qu'à d'autres parce qu'ils s'en souviendront plus facilement ou qu'elles leur paraîtront plus conviviales. 

Moi, je trouve la respiration profonde très facile à faire, ainsi que le dialogue intérieur parce que je remarque que ma respiration va plus vite, que mes mains tremblent ou que mon cœur bat plus vite. 

Je m'arrête et je me dis de prendre quelques respirations profondes et j'essaie de me calmer. 

Je reconnais facilement ces signes de tensions. 

Si je m'entends me dire que je ne suis pas prête pour faire face à une situation donnée, c'est plus facile pour moi de me dire que je dois utiliser l'une de ces techniques. 

La visualisation est une technique à laquelle ont recours certaines personnes chaque fois qu'elles doivent faire une certaine procédure. 

J'ai rencontré des chirurgiens qui disent pratiquer la visualisation ; chaque fois qu'ils se lavent les mains, ils se préparent mentalement pour le cas qui va se présenter. 

Il faut apprendre à maîtriser ces techniques et ensuite les mettre à l'essai sachant que d'autres personnes vont préférer d'autres techniques. 

Je ne pense pas qu'Il y ait de bonnes ou de mauvaises techniques, tout dépend vraiment de ce qui peut vous être le plus utile. 

Dre Jillian Horton 

Nous savons toutes deux qu'il existe une différence entre la théorie et la pratique. 

Comment les médecins peuvent-ils le mieux s'assurer d'appliquer ces techniques quand ils en auront le plus de besoin ? 

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Dre Stephanie Smith 

C'est vraiment une très bonne question, Docteure Horton. 

En fait, elle m'a souvent été posée lorsque j'ai enseigné ce cours par le passé. 

Certaines personnes m'ont dit qu'elles se faisaient des petits rappels comme prendre de grandes respirations. 

Il y aussi le mantra positif dont je parlais plus tôt ou un émoji particulier derrière le badge. 

S'entraîner régulièrement à mettre en pratique ces techniques facilitera les choses. 

Mais je crois aussi que si la culture est favorable à leur utilisation, elles se répandront de plus en plus. 

Si une équipe, lorsqu'elle se prépare à s'occuper d'un patient atteint de la COVID ou se prépare à réagir à un code par exemple, peut se dire : « Prenons tous une grande respiration, n'oubliez pas que nous allons faire du mieux possible », cela l'aidera et cela va aussi dans les quelques minutes qui s'écoulent avant une intervention. 

Les membres de l'équipe essaient de visualiser un déroulement positif de la procédure, ils se fixent aussi un certain nombre d'objectifs. 

Il faut aussi mettre de côté ce qui se passe dans sa vie personnelle pour se concentrer sur le travail à faire. 

Je crois que ces petits rappels peuvent être vraiment utiles pour fixer notre attention sur le moment présent et pour éviter de se sentir dépassé par les événements. 

Dre Jillian Horton 

Je déduis de ce que vous venez de dire qu'il était probablement avantageux pour tous les membres des Forces armées de suivre cette formation. 

Que conseillez-vous aux médecins qui essaient d'utiliser ces techniques lorsque d'autres membres de leur entourage n'ont pas acquis les mêmes habiletés ? 

Dre Stephanie Smith 

Je crois que les Forces armées sont vraiment très bien parvenues à m'apprendre comment gérer mon propre stress. 

Je ne pense pas qu'il existe une solution parfaite, mais je crois que nous devons tous nous donner une boîte à outils composée de différentes habiletés. 

D'autres personnes peuvent apprendre autrement à gérer leur stress. 

Je sais que nous connaissons tous une personne qui garde toujours son calme quoiqu'il arrive et nous nous demandons toujours comment elle y parvient. 

Après coup, cette personne dira peut-être : « Tu n'as pas idée du stress que je ressentais intérieurement. 

Extérieurement je donne l'impression d'être calme. » Je ne crois pas qu'il existe une méthode parfaite, mais les Forces armées m'ont certainement appris qu'il nous faut une méthode. 

Il faut parler de la situation qui va se présenter et il faut parfois même parler du pire scénario possible, peut-être même pas du scénario probable, mais il faut se dire : « Et si les choses allaient vraiment mal, comment réagirions-nous ? » Et cela, pour pouvoir se préparer et se protéger. 

Je crois que veiller à ce que chaque membre de l'équipe ait sa propre façon de gérer son stress et encourager chacun à recourir à cette façon de le faire revêt beaucoup d'importance. 

Et c'est encore plus important lorsqu'on occupe un poste de commandement. 

C'est ce que les Forces armées m'ont appris. 

C'est vrai qu'on ne peut pas préparer toutes les personnes de la même façon, mais il est possible d'avoir une méthode générale, comme les Forces armées s'efforcent de le faire en intégrant maintenant à la formation de base la formation « Cheminement vers la préparation mentale » et la formation à la résilience, deux types de formations qui n'existaient pas au départ et qui se sont ajoutées par la suite. 

J'ai appris l'importance de cette stratégie qui aide à traverser des périodes difficiles. 

On m'a demandé d'exécuter de nombreuses tâches pour lesquelles je ne disposais absolument pas de la formation technique requise, comme construire un pont en cordage, mais lorsque les Forces armées vous confient cette tâche, assortie d'un délai d’exécution et qu'on va vous évaluer, il faut faire de son mieux pour réussir. 

Posséder les habiletés nécessaires pour gérer une situation difficile sans égard aux ressources dont vous pouvez disposer exige d'avoir la force mentale et la capacité de reconnaître que même en l'absence de l'expérience voulue, vous pourrez toujours compter sur le soutien nécessaire. 

Je crois que quelque chose comme cela aide les gens à dormir tranquille sachant qu'ils font de leur mieux quoiqu'il arrive. 

Il incombe cependant aux organismes pour lesquels nous travaillons de vraiment nous appuyer loyalement et de nous préparer du mieux possible pour le travail que nous devons faire. 

Dre Jillian Horton 

Je voudrais vraiment vous remercier du temps que vous nous avez accordé aujourd'hui. 

Merci de nous avoir donné un aperçu de vos connaissances et de votre expérience des soins en situation de crise et aussi de nous avoir si bien expliqué la technique STRIVE. 

Dre Stephanie Smith 

Merci à vous, Docteure Horton, de l'occasion que vous m'avez donnée de vous parler de cette technique. 

J'espère que ce dont nous avons discuté aujourd'hui aidera ceux qui doivent composer avec de grands défis, qu'ils sachent que nous sommes tous unis dans l'adversité et que nous devons tous, actuellement, apprendre à composer avec l'imprévu sous toutes ces formes. Merci. 

Dre Jillian Horton 

Ici, la docteure Jillian Horton. ce webinaire fait partie d'une série de webinaires d’apprentissage sur la COVID-19 offerts par Joule. 

Portez-vous bien et à bientôt. 


Le leadership bienveillant en temps de crise

Durée : 17:03

Michael West

La pandémie de COVID-19 a bouleversé les systèmes de santé du monde entier. Le psychologue organisationnel Michael West présente les principes du leadership bienveillant et la façon dont les leaders du secteur médical peuvent utiliser ce modèle pour surmonter certains des obstacles auxquels ils font face.

Lire les notes de l’épisode

Dre Jillian Horton 

Bonjour et bienvenue à la série webinaire sur la Covid-19 offerte aux médecins par Joule et l'Association médicale canadienne. 

Je suis la docteure Jillian Horton, interniste générale, auteure, baladodiffuseuse et votre animatrice. 

Depuis quelques semaines, la pandémie de Covid-19 bouleverse les systèmes de santé du monde entier. 

Les professionnels et les dirigeants de la médecine sont débordés. 

Aujourd'hui, nous allons explorer comment le leadership compatissant peut aider les organisations à surmonter certains des obstacles auxquels ils font face et à explorer les forces des membres de leur personnel. 

J'accueille Michael West, professeur de psychologie organisationnelle à l'École de gestion de l'Université de Lancaster et agrégé supérieur invité au King's Fund, à Londres. 

Depuis 30 ans, il se concentre sur la culture et le leadership organisationnels, et il a collaboré directement avec de nombreux organismes de santé pour créer des modèles de leadership compatissant. 

Michael, merci de vous joindre à moi aujourd'hui. 

Michael West 

Tout le plaisir est pour moi. Merci, Jill. 

Dre Jillian Horton 

Avant d'aborder les questions relatives à votre travail, pouvez-vous nous expliquer en quelques mots pourquoi vous avez choisi ce domaine d'expertise. 

Michael West 

Je m'intéresse depuis toujours aux conditions qui font qu'une organisation ou une équipe fonctionne bien. 

J'ai fait mon doctorat sur la psychologie de la méditation lorsque j'étais dans la vingtaine. 

Cependant, je me suis retrouvé à court de fonds au milieu de ma thèse. 

À l'époque, j'habitais au pays de Galles, et j'ai travaillé comme simple ouvrier dans une mine de charbon pendant un an. 

Cette expérience m'a appris combien l'équipe de travail dont je faisais partie était essentielle à ma sécurité et à mon bien-être. 

Et c'est là qu'est né mon intérêt pour les organisations et leur fonctionnement. 

Notamment l'incidence de la structure et des processus organisationnels sur le rendement, la sécurité et le bien-être des travailleurs. 

Dès les années 1980, j'ai orienté ma recherche vers les organisations de soins de santé et leur fonctionnement. 

Mon intérêt n'a jamais cessé depuis, ni mon admiration et mon respect pour le travail que font les professionnels de la santé. 

Dre Jillian Horton 

Les pressions qui s'exercent actuellement sur le système de santé sont énormes. 

Vous vous trouvez au Royaume-Uni. Qu'est-ce que vous entendez chez les dirigeants des services de santé au sujet des défis qu'ils doivent relever? 

Michael West 

Il s'agit d'une situation sans précédent et les défis sont de taille. 

Les responsables de la santé nous signalent quatre difficultés majeures. 

Premièrement, la pénurie de personnel. 

Lorsque la pandémie a frappé l'Angleterre, on déplorait déjà une pénurie de 100 000 travailleurs dans le domaine de la santé. 

La Covid-19 n'a pas épargné les travailleurs de la santé. 

Certains ont dû s'auto confiner, d'autres sont tombés malades. 

C'est un fardeau supplémentaire pour le personnel de première ligne qui fait face à un volume de travail et un niveau de stress tels que nous n'en avons pas connu depuis la Deuxième Guerre mondiale. 

Deuxièmement, il y a la pénurie de matériel de protection personnelle dont la demande a augmenté de 5 000 % au cours des cinq dernières semaines. 

En conséquence, on demande au personnel de travailler dans des conditions qui sont franchement terrifiantes par moment. 

C'est une source d'inquiétude et de bouleversement pour tous les travailleurs de la santé. 

Troisièmement, la difficulté d'accès au test de dépistage. 

Nos laboratoires d'analyse n'étaient pas prêts pour la pandémie. 

De nombreux travailleurs de la santé n'arrivent pas à obtenir de tests de dépistage ou doivent faire un long trajet pour trouver une clinique. 

Quatrièmement, la surcharge de travail liée aux conditions extrêmes. 

La semaine dernière, une infirmière aux soins intensifs m'a confié que dans son unité, 9 ou 10 patients sont décédés en une nuit, alors qu'en temps normal, il y aurait tout au plus un ou deux décès par semaine. 

On a peine à imaginer ce qu'elle ressent. 

Le personnel craint aussi pour leur propre vie et pour la santé de leur famille. 

Ces pressions pèsent lourdement sur la vie personnelle et professionnelle des travailleurs de la santé de première ligne. 

Dre Jillian Horton 

Comment un modèle de leadership compatissant peut-il aider à relever ces défis? 

Michael West 

Le leadership compatissant est un concept attrayant. 

C'est une approche accueillante. 

Dans la pratique, le leadership compatissant se définit par quatre comportements clés. 

Premièrement, il faut être présent pour son personnel et savoir s'en occuper. 

Il faut savoir écouter la personne qui parle, comme s'il n'y avait qu'elle qui compte dans l'instant présent. 

Deuxièmement, il faut chercher à comprendre les défis auxquels fait face le personnel en ouvrant le dialogue au lieu de lui imposer notre propre interprétation de la réalité. 

Troisièmement, il faut faire preuve d'empathie, être capable de se mettre à la place des travailleurs qui vivent des expériences difficiles, et valider des sentiments qu'ils éprouvent. 

Quatrièmement, il faut être en mesure de cerner, de lever les obstacles qui empêchent les travailleurs dont on est responsables de faire leur travail efficacement ou d'obtenir les ressources dont ils ont besoin. 

Étant donné les pressions énormes sur le personnel actuellement, jamais il n'a été aussi important d'afficher les comportements de leader compatissant que je viens de décrire. 

Je crois que les professionnels de la santé sont probablement la main-d'œuvre la plus qualifiée et la plus motivée que nous ayons. 

Nous avons tout intérêt à les écouter, à apprendre d'eux, à mettre à profit leurs connaissances et leurs compétences, et à les encourager à faire ce qu'ils font naturellement, c'est-à-dire faire preuve de compassion à l'égard des autres. 

Nous aurons ainsi espoir de gérer plus humainement et plus efficacement les défis sans précédent de cette crise. 

Dre Jillian Horton 

Vous avez utilisé le sigle ABC pour décrire les éléments du leadership compatissant. 

A pour autonomie et contrôle, besoin d'appartenance pour B, et compétence. 

Pouvez-vous nous développer ces trois éléments? 

Michael West 

Pour diriger efficacement en temps normal, et à plus forte raison dans des circonstances exceptionnelles comme celles-ci, un chef doit comprendre les besoins des travailleurs dont il est responsable. 

Les études sur le sujet ne manquent pas. 

Il existe trois besoins auxquels il faut répondre pour assurer le bien-être des travailleurs et maintenir leur motivation. 

C'est ce que j'appelle l'ABC des besoins fondamentaux des travailleurs. 

Le premier est le besoin d'autonomie et de contrôle. 

Ça ne veut pas dire que les gens peuvent être indépendants et faire ce qu'ils veulent dans les lieux de travail. 

Mais ils doivent sentir qu'ils ont une voix et qu'on les écoute. 

Ils doivent pouvoir se prononcer sur la manière dont leur travail se fait. 

Ils ne doivent pas simplement être dirigés et contrôlés. 

Ils doivent avoir une certaine marge de manœuvre. 

Cela s'applique non seulement au travail proprement dit, mais aussi à des avantages tout simples, comme l'accès à de la nourriture chaude pendant les quarts de nuit, un endroit où se reposer ou l'accès à des boissons froides ou chaudes au besoin. 

Ces facteurs font en sorte que les travailleurs ne se sentent pas embrigadés dans leur milieu de travail. 

Le deuxième élément est le besoin du sentiment d'appartenance, ou l'esprit de corps. 

L'impression de faire partie de l'équipe. 

Le sentiment que les gens pour lesquels nous travaillons se soucient de nous et que nous avons à cœur de faire mieux pour eux. 

Le sentiment que la culture organisationnelle est axée sur la compassion et que nous faisons partie d'un tout. 

N'oublions pas que la compassion est la valeur fondamentale qui anime tous les professionnels de la santé. 

Ils veulent donc avoir le sentiment que les dirigeants de l'organisation dans laquelle ils travaillent partagent leurs valeurs. 

Le troisième élément est le sentiment de compétence. 

Je veux avoir l'assurance que je fais du bon travail dans le domaine de la santé. 

Que je réponds aux besoins et aux attentes. 

Que je m'attends donc à ce qu'on élimine les obstacles qui me gênent dans l'exécution de mes tâches. Que l'on ne m'impose pas sans cesse une charge de travail écrasante qui nuit à la qualité des soins que j'aimerais donner et qui me met à risque de commettre des erreurs professionnelles graves. 

Je veux aussi avoir accès à la formation d'appoint qui me permet de faire un meilleur travail. 

Dans le contexte de la crise sans précédent causée par la pandémie, il est important de s'assurer que le personnel (?) et se sente écouté. 

Il jongle une charge de travail écrasante. Nous savons que la surcharge de travail et le sentiment d'impuissance dans un milieu de travail constituent une combinaison toxique. 

Il est donc essentiel d'écouter la voix des membres de notre personnel compétent et dévoué pour qu'il nous aide à résoudre les multiples problèmes qui nous assaillent. 

Le personnel a peur. Or, l'une des armes les plus puissantes contre la peur c'est la compassion qui vient des liens que nous tissons avec ceux et celles qui s'occupent de nous. 

Le sentiment de ne pas être seul à vivre des émotions difficiles. 

D'où l'importance de constituer des équipes efficaces où les membres se sentent appuyés et écoutés, où ils peuvent discuter de leurs problèmes, exprimer leurs inquiétudes et aborder les sujets difficiles. 

Pour ce qui est de la compétence, je tiens à rappeler les quatre comportements du leadership compatissant. 

Écoutez attentivement, comprendre le point de vue de l'autre, faire preuve d'empathie et offrir l'aide nécessaire. 

La plus grande qualité d'un bon leader, c'est de savoir écouter. 

Et sa principale tâche est d'aider les gens à faire du bon travail. 

En d'autres termes, faire en sorte que les travailleurs de la santé se sentent compétents. 

Il veut leur éviter la détresse morale causée par l'incapacité de donner les soins qu'ils veulent donner, comme dans le cas de cette infirmière de soins intensifs qui a été confrontée à tant de décès d'un seul coup. 

Il est de notre devoir absolu de veiller aux besoins des professionnels de la santé de première ligne et de leur fournir le soutien d'un leadership compatissant dans cette période de crise sans précédent. 

Dre Jillian Horton 

Michael, y a-t-il d'autres façons pratiques pour les chefs de file d'appliquer actuellement les principes du leadership compatissant? 

Michael West 

Les dirigeants de la santé doivent prendre conscience de leur style de gestion et se méfier des automatismes. 

La recherche a démontré qu'en temps de crise, les dirigeants tendent à revenir à un mode de gestion traditionnel plus rigide et autoritaire axé sur les ordres et le contrôle, voire les menaces. 

Lorsque la situation se corse, les dirigeants ne doivent pas retomber dans ce mode par défaut. 

Au contraire, ils doivent prendre le temps d'écouter le personnel, de comprendre les défis auxquels ils sont confrontés, d'être sensibles à leurs émotions, aussi difficile que cela puisse paraître, et enfin, leur fournir l'aide dont ils ont besoin. 

J'ajouterais qu'il est également très important que les dirigeants fassent preuve de compassion envers eux-mêmes. 

Qu'ils prennent soin d'eux pour demeurer résilients et compatissants à l'égard des autres. 

Il faut donc s'observer soi-même, comprendre les défis qui surviennent au travail actuellement, reconnaître et accueillir les sentiments et les émotions que l'on éprouve, prendre soin de soi et prendre des mesures sensées pour s'aider soi-même pour être la meilleure expression de soi en tant que chef et fournir le soutien dont le personnel de santé de première ligne a besoin dans ces circonstances difficiles. 

Dre Jillian Horton 

Michael, la culture organisationnelle du domaine des soins de santé a ses particularités. 

Comme on le sait, il lui est arrivé par le passé de s'opposer à une démarche axée sur la compassion. 

Si l'on admet que certaines organisations ne sont pas prêtes à amorcer le virage vers une culture organisationnelle compatissante. 

À votre avis, quelles seront les conséquences pendant et après la pandémie? 

Michael West 

Dans le contexte actuel, ce serait une tragédie si des organisations de la santé ne voyaient pas la compassion comme un engagement fondamental, essentiel. 

La compassion représente le mode d'intervention le plus puissant que nous connaissions dans le domaine de la santé. 

C'est une valeur fondamentale à laquelle souscrivent tous les professionnels de la santé. 

Le rôle des dirigeants est d'incarner les valeurs de l'organisation et s'assurer qu'elles concordent avec les valeurs du personnel. 

Si le personnel estime que l'organisation ne partage pas ses valeurs, il risque de remettre en question l'engagement de l'organisation et sa relation avec celle-ci. 

La pandémie suscite énormément de craintes et d'incertitudes au sein du public et du personnel de la santé. 

Mais des dizaines années de recherche nous ont appris que les quatre comportements du leadership compatissant en font le modèle de gestion le plus efficace, peu importe l'étiquette qu'on veut lui donner. 

Si nous souhaitons intervenir efficacement dans la crise que nous vivons actuellement, si nous voulons que le personnel donne son plein rendement tout en l'assurant du plus haut niveau de mieux-être possible dans les circonstances, nous devons mettre en pratique les quatre comportements du leadership compatissant. 

Cette logique s'applique non seulement au domaine de la santé, mais au pays tout entier. 

Au moment où la peur et l'anxiété sont maintenant la toile de fond de notre vie quotidienne, notre système de soins de santé est devenu l'institution la plus importante dans notre société. 

C'est un phénomène que nous observons à l'échelle du globe. 

Le public n'a que louanges et gratitude pour les professionnels de première ligne. 

Il est d'autant plus important de créer une culture compatissante qui permette au personnel de la santé de donner des soins avec compassion. 

Parce que le secteur de la santé représente un travailleur sur vingt dans la plupart des pays. 

Si les travailleurs de première ligne reconnaissent dans leurs organisations et leurs dirigeants un modèle de compassion, ils l'appliqueront volontiers dans la prestation des soins aux patients et deviendront les ambassadeurs de la compassion dans leurs collectivités respectives, incitant le public à son tour à faire preuve de compassion et à exprimer sa reconnaissance. 

Nous devons honorer les sacrifices du personnel de la santé de première ligne, de même que leur ténacité et leur persévérance. 

Je dirais même que ce que nous faisons maintenant constitue le plan de route que nous devrions suivre dans l'avenir. 

Les actions des professionnels de la santé de première ligne ont engendré un niveau d'innovation incomparable à la grandeur du système de santé national. 

Ils se sont distingués par leurs sacrifices, leur dévouement et leur courage. 

Ils méritent que nous reconnaissions leur contribution dans le contexte actuel et que nous préparions un cadre institutionnel plus accueillant dans l'avenir pour ces gens qui ont fait tant de sacrifices, sauvé tant de vies. Ils nous ont tous inspirés. 

Dre Jillian Horton 

Je termine en vous remerciant, Michael, du temps que vous nous avez consacré et de vos idées sur le leadership compatissant. 

Le monde changera certainement à la suite de cette pandémie. 

Dans le contexte de cette discussion, vous avez décrit comment les soins de santé pourraient changer eux aussi. 

Michael West 

Ce fut un privilège pour moi également. Merci, Jill. 

Dre Jillian Horton 

Je suis la docteure Jillian Horton. Merci d'avoir été des nôtres pour ce webinaire sur la Covid-19 offert aux médecins par Joule et l'Association médicale canadienne. 

Au plaisir de vous revoir. 


Faire le point en période de stress intense : facteurs de risque et signaux d’alarme

Durée : 27:56

Dr Michael Kaufmann

En période de stress intense, il peut être difficile de se rappeler comment on se sent en temps normal. Spécialiste du traitement des toxicomanies et du bien-être des médecins, le Dr Michael Kaufmann nous propose des stratégies pour reconnaître nos vulnérabilités, nos signaux d’alarme et nos facteurs de risque personnels, et pour savoir quand ils peuvent mener à des comportements problématiques.

Lire les notes de l’épisode

Dre Jillian Horton 

Bonjour et bienvenue à la série de webinaires sur la COVID-19, préparés à l'intention des médecins par Joule et l'Association médicale canadienne. 

Je suis la Dre Jillian Horton, interniste générale, auteure, balladodiffuseuse, et j'ai le plaisir d'être votre animatrice. 

La pandémie sévit depuis maintenant 13 semaines. 

Nombreux sont les professionnels de la santé qui ont été mis à rude épreuve. 

L'incertitude a pris le dessus sur la normalité. 

Dans de telles circonstances, il est dangereusement facile d'ignorer les signes d'épuisement et de faire abstraction de nos vulnérabilités. 

Ceux et celles qui ont été aux prises avec une dépendance ou d'autres défis personnels dans le passé risquent de succomber à de nouvelles difficultés. 

Mon invité, le Dr Michael Kaufmannn, spécialiste de la toxicomanie et du bien-être des médecins, nous explique comment faire le point en cas de stress intense. 

Directeur fondateur du programme de santé des médecins de l'Association médicale de l'Ontario pendant plus d'une vingtaine d'années, il est actuellement directeur du bien-être des médecins du système de santé William Osler. 

Bienvenue et merci d'être des nôtres, Dr Kaufmann. 

Dr Michael Kaufmann 

Merci Jillian, tout le plaisir est pour moi. 

Dre Jillian Horton 

Vous vous êtes intéressé au bien-être des médecins après avoir entrepris votre propre rétablissement. 

Pouvez-vous nous raconter votre propre expérience? 

Dr Michael Kaufmann 

Oui, avec plaisir. 

C'est vrai, j'ai commencé ma carrière comme médecin de famille dans une collectivité rurale dans laquelle j'habite toujours. 

Mais j'ai apporté avec moi un certain bagage. 

Disons que j'avais des prédispositions dans la mesure où la dépendance était un problème aigu dans notre famille. 

Je ne possédais pas non plus le discernement et le savoir nécessaires pour éviter les écueils. 

Face aux multiples défis de ma pratique solitaire en milieu rural, je me suis tourné presque sans m'en rendre compte vers les opioïdes pour me réconforter. 

J'y avais facilement accès et j'étais persuadé d'être suffisamment intelligent pour ne pas en abuser. 

Mais j'ai vite développé une dépendance et ma situation s'est rapidement détériorée. 

Fort heureusement, j'ai eu l'occasion de m'en sortir rapidement avec de l'aide et j'en suis profondément reconnaissant. 

Dre Jillian Horton 

Pendant le processus de guérison, avez-vous eu des révélations importantes sur vos vulnérabilités et votre risque de rechute? 

Dr Michael Kaufmann 

Je ne sais pas si on peut parler de révélation. 

S'affranchir de la dépendance à toute substance, c'est un engagement qu'il faut renouveler au quotidien. 

Il est facile de se laisser distraire quand la vie reprend son cours normal. 

J'ai dû acquérir des compétences qui font partie du bon sens pour le commun des mortels, mais qui ne m'étaient pas données au départ. 

J'ai passé une partie de ma vie en roulant sans rambarde. 

Laissez-moi vous donner un exemple. 

Tous ceux et celles qui sont en rétablissement comprendront ce que je m'apprête à vous expliquer. 

Dans le contexte du traitement pour la dépendance, nous utilisons l'acronyme HALT. 

C'est l'une des premières choses que nous avons apprises. 

Au fait, le rétablissement de la toxicomanie, c'est bien plus que le fait d'arrêter de boire ou de consommer. 

Il ne suffit pas d'être affranchi des symptômes pour être guéri. 

Au contraire, il faut embrasser un nouveau mode de vie fondé sur une prise de conscience de soi-même, le respect de sa propre intégrité, et le maintien de la discipline nécessaire pour éviter les rechutes. 

Revonons à l'acronyme. 

Il signifie « Hungry, Angry, Lonely & Tired ». 

« J'ai faim, j'en ai marre, je suis tout seul et je suis vidé ». 

En français on pourrait dire « je suis à sec ». 

Cet acronyme sert à rappeler les principes de base à respecter si l'on veut bien s'occuper de soi. 

Je m'explique. 

Quand on dit « affamé », ça veut dire qu'il ne faut pas se passer de nourriture jusqu'à l'épuisement. 

C'est vite fait de sauter un ou plusieurs repas dans le cours d'une journée de pratique achalandée. 

C'est monnaie courante chez les médecins. 

Dans mon cabinet à la campagne, le personnel de soutien savait comment je fonctionnais. 

Ils me préparaient un petit bol de soupe et des craquelins que j'avalais au vol vers 11h30. 

Et ça m'évitait d'avoir faim le reste de la journée. 

Deuxième mot, « excédé ». 

On ne peut pas se permettre de couver des émotions fortes comme la colère ou le ressentiment quand on travaille. 

Les enjeux dans notre travail sont trop importants. 

C'est un fardeau comprométant à porter. 

Il faut trouver un exutoire sain pour nos émotions. 

Troisièmement, « seul ». 

La dépendance tend à nous isoler. 

Nous menons une vie secrête, nous nous éloignons de plus en plus des gens avec lesquels nous avons des relations importantes, les membres de notre famille, nos amis, nos collègues. 

L'une des stratégies de guérison importantes consiste justement à renouer ces relations importantes, à créer de nouvelles relations, des relations saines. 

Assister à des thérapies de groupe où l'on est entouré de participants qui font de réels progrès et tirer parti des échanges fructueux et du soutien des autres membres du groupe. 

Et quatrièmement, « claqué ». 

Tous les mdecins doivent lutter contre la fatigue. 

Je l'ai vécu pendant ma formation et au début de ma pratique. 

J'étais tout le temps fatigué. 

Pendant toute ma résidence, c'était la norme de travailler toute la nuit et d'enchainer avec le quart de jour. 

Nous avons tous éprouvé des moments de fatigue profonde, voire douloureuse en tant que médecin. 

J'ai appris très tôt dans la partie que les opioïdes rendaient la fatigue plus supportable. 

C'est ainsi que j'ai développé une dépendance. 

Nous avons appris l'importance du sommeil et du repos, de prendre soin de soi. 

C'est la clé du rétablissement. 

Ces éléments sont le condensé des nombreuses stratégies qu'il faut maîtriser pour se rétablir. 

J'ai fini par comprendre que je n'avais pas le choix. 

Il fallait que j'accepte de changer ma vie pour me remettre et bien me porter. 

Je n'ai pas élaboré au début de l'entrevue, mais il y a deux choses pour lesquelles je suis extrêmement reconnaissant. 

Mon épouse Judy, que j'ai rencontrée à l'école secondaire. 

Nous sommes toujours ensemble et nous avons eu une vie merveilleuse ensemble. 

Dieu merci, elle ne m'a jamais abandonné. 

Mais c'est justement à cause de ce que j'ai vécu que nous sommes restés proches. 

Les deux sont liés, et je suis heureux de pouvoir partager ces apprentissages avec vous aujourd'hui. 

Dre Jillian Horton 

La pandémie a plongé plusieurs d'entre-nous dans un état de stress prolongé. 

Quel est l'impact sur notre capacité d'évaluer nos propres facteurs de risque ou notre niveau de détresse, comme vous le décriviez tantôt à l'aide du mnémotechnique « HALT »? 

Dans quelle mesure devons-nous désensibiliser à l'égard de nos propres vulnérabilités? 

Dr Michael Kaufmann 

C'est une bonne question à laquelle il n'y a pas nécessairement de réponse facile ou à proprement parler une réponse scientifique. 

Laissez-moi vous répondre à partir de mon vécu. 

Il faut mettre du temps, de l'effort et de la pratique pour développer le niveau de conscience de soi nécessaire pour gérer son équilibre personnele et son mieux-être. 

Ce sont des notions bien ancrées chez ceux et celles qui sont en rétablissement. 

Elles font partie de notre discipline quotidienne. 

Pour les gens qui n'ont pas fait ce même cheminement c'est peut-être moins évident. 

Ça ne vient pas toujours naturellement. 

C'est le premier point qu'il faut comprendre. 

Je tiens tout de même à préciser que la plupart des médecins comprennent le notion de résilience et en sont d'excellents exemples. 

Cela étant dit, comme vous le savez, et comme le savent bon nombre de nos auditeurs, si la COVID-19 est une maladie pandémique, l'épuisement professionnel chez les médecins est une condition endémique. 

Au déclenchement de la pandémie, le taux d'épuisement professionel parmi les médecins atteignait déja 50%, si ce n'est plus. 

D'entrée de jeu, les médecins étaient en carrence de repos et ils ont été mis sur un pied de guerre. 

La fatigue extrême mène au cynisme, à la désensibilisation. 

Les médecins dans cet état se sentent déconnectés de leurs patients et d'eux-mêmes. 

Ils sont vidés et ne sont pas persuadés qu'ils arrivent à faire une différence malgré tous leurs efforts. 

À terme, ils se sentent complètement désabusés. 

Compte tenu de l'énergie qu'il faut pour rester vigilent et évaluer son propre mieux-être, il n'est pas étonnant que certains laissent tomber ou qu'ils reviennent au mode de fonctionnement par défaut, qui consiste tout simplement à se vouer inconditionnellement au travail. 

C'est ce qu'on attend des médecins, après tout. 

Qu'ils soignent les malades et qu'ils épaulent les collègues. 

Quand on ne sait plus à quel saint se vouer, c'est l'approche par défaut qui l'emporte. 

Vous connaissez le concept de l'allostasie et de la charge allostasique? 

Il s'agit d'une adaptation biologique au stress. 

Le phénomène est connu depuis longtemps, même si son appellation est relativement nouvelle. 

Le stress fait intervenir l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénal, ce qui déclenche la sécretion d'adrénaline et de cortisol. 

C'est une réaction naturelle, nous le savons. 

Mais le réflex de fuite ou de combat est un mécanisme de survie qui ne doit durer qu'un instant. 

Nous devons ensuite avoir l'occasion de revenir à la normale. 

À l'homéostasie, une fois l'urgence passée, l'organisme doit pouvoir retrouver son point d'équilibre normal. 

Mais si la situation ayant provoqué le réflex de survie se prolonge indéfiniment, l'organisme est soumis à un stress chronique qui lui est funeste. 

Il peut porter atteinte à nos facultés cognitives, ainsi qu'à notre organisme et ses divers systèmes. 

La conjugaison de tous ces facteurs soumet nos collègues à des niveaux de stress extraordinaires et les mettent à risque de céder à leurs vulnérabilités. 

Peut-être sont-ils aux premières lignes ou exposés à des traumatismes indirects ou réaffectés dans des secteurs en-dehors de leur champs de compétences normal ou confinés à la maison, frustrés de ne pas pouvoir prêter main forte. 

Ce sont autant de situations qui peuvent augmenter considérablement le niveau de stress ressenti per les médecins et les mettre à risque. 

Dre Jillian Horton 

Michael, comment conseillez-vous les individus qui se rétablissent d'un trouble quelconque, ou d'une manière plus générale, des individus qui n'ont pas de problème de dépendance, mais qui ont peut-être des points faibles ou des vulnérabilités? 

Comment pouvez-vous conseiller ces individus et les aider à cerner leurs points faibles? 

Pourquoi est-ce si difficile pour nous en tant que médecins de nous observer nous-mêmes? 

Dr Michael Kaufmann 

Si vous voulez bien, Jillian, parlons plutôt de risque et de vulnérabilité. 

Laissons de côté la notion de point faible ou de faiblesse pour l'instant. 

Parce que, voyez-vous, c'est important pour comprendre ce qui m'est arrivé. 

J'étais confronté à mes vulnérabilités et au risque de dérapage suite au stress prolongé. 

Dans ce sens, nous sommes tous logés à la même enseigne. 

Nous avons tous des vulnérabilités. 

La différence est que certains d'entre nous sommes très conscients des enjeux. 

Si vous avez des troubles alimentaires, des troubles d'anxiété, des troubles cardiovasculaires ou des problèmes de dépendance, vous ferez ce qu'il faut pour éviter de déclencer une condition chronique susceptible de vous terrasser. 

Nous savons tous ce qui nous attend si nous ne faisons pas attention et nous savons aussi comment nous protéger. 

Ça ne prend pas la tête à Papineau. 

Les mêmes principes sont les mêmes pour tout le monde. 

Il suffit d'être attentif et de surveiller les signes avant-coureurs. 

Quand nous faisons un suivi auprès d'un médecin en rétablissement, nous lui posons des questions sur son mode de vie. 

Comment va la vie à la maison? 

Est-ce que vous avez un bon appétit? 

Suivez-vous votre régime d'alimentation et d'exercice? 

Assistez-vous aux réunions de groupe de soutien? 

Est-ce que vous prenez le temps de voir votre épouse, vos enfants, vos amis? 

Est-ce que vous prenez le temps de vous distraire? 

Avez-vous des passe-temps, des activités que vous aimez? 

Nous devons tous apprendre à nous observer nous-mêmes. 

Les pratitiens de la pleine conscience ont une longueur d'avance sur les autres. 

Ils savent quelles questions se poser. 

Dans quel état suis-je? 

Suis-je irritable, anxieux, déprimé, triste? 

Ces émotions sont valables, mais il faut surtout en être conscients. 

Si vous ne souscrivez pas au principe de la pleine conscience, ou que vous en ignorez les techniques, portez simplement attention à vos émotions. 

Êtes-vous plus irritable que d'habitude? 

Avez-vous plus ou moins abandonné les activités qui ont toujours enrichi votre vie par le passé? 

Portez-vous attention aux comportements et aux activités qui risquent de nuire à votre santé ou à votre mieux-être? 

Ce n'est pas arrivé récemment, mais je peux vous dire que j'ai entendu parler de médecins avec des années de pratique qui se sont mis à fumer malgré tous les dangers bien documentés de la cigarette. 

C'est inimaginable. 

Maintenant, avec la légalisation du cannabis, je m'inquiète de son usage accru par des médecins. 

Nous devons nous méfier des comportements mal avisés auxquels nous sommes susceptibles de nous adonner pour nous défouler. 

Si vous n'est pas certains de l'innocuité des activités auxquelles vous vous livrez ou de votre état général, posez la question à un proche, un ami ou un collègue. 

Est-ce que ça va? 

Demandez à quelqu'un qui vous tient à coeur, votre conjoint, un proche, un ami, ou même un collègue qui vous tient en estime de vous donner leur son de cloche. 

Il y a donc plusieurs façon de faire le point sur soi. 

On peut aussi demander à des gens en lesquels nous avons confiance de nous dire si tout va bien. 

J'ai beaucoup de respect et d'admiration pour les gens qui sont capables de se regarder en face et de s'avouer ce qu'ils ressentent, ce qu'ils font. 

« Ha, tiens, je constate que je prends un verre ou deux après le travail ». 

« Ce n'était pas dans mes habitudes avant ». 

« Je dois porter attention à ce changement et ce qu'il signifie pour moi ». 

Dre Jillian Horton 

Supposons donc que je m'examine moi-même comme vous le suggérez et que je me rende compte que depuis le début de la pandémie, j'ai pris l'habitude de prendre un verre tous les soirs. 

Je n'ai jamais eu de problème d'alcool auparavant. 

Est-ce qu'il y a lieu de m'alarmer de mon comportement? 

Dr Michael Kaufmann 

Peut-être. 

Il est utile de pouvoir se rendre compte quand un comportement de tous les jours devient un comportement à risque. 

Dans le domaine de la médecine de la dépendance, il est important de déterminer si un comportement nous met à risque ou non. 

L'alcool est accepté par la société, facile à obtenir et fait partie des moeurs pour bon nombre de gens, sauf bien entendu pour ceux et celles qui sont en rétablissement. 

Il existe des lignes directrices qui précisent les quantités et la fréquence de consomation d'alcool. 

Je ne veux pas entrer dans les détails ici, elles sont faciles à trouver. 

Mais ces mêmes lignes directrices nous disent que ce n'est peut-être pas une bonne idée de prendre un verre tous les jours. 

Et ce n'est peut-être pas une bonne idée de prendre plus d'un ou deux verres lorsqu'on consomme de l'alcool. 

Tout dépend des circonstances. 

Mais les critères de diagnostic ne précisent pas une quantité ou une fréquence limite au-delà de laquelle on considère qu'il y a abus. 

Il faut d'abord et avant tout comprendre la relation que nous avons avec la substance que nous utilisons et son impact sur notre vie. 

Une personne perspicace se dira peut-être « je constate que j'ai hate d'arriver chez moi pour prendre un verre ». 

Avant de sombrer dans la toxicomanie moi-même, c'est ce que je faisais. 

En rentrant à la maison, je calais une couple de bouteilles de bières pour me sentir mieux. 

Mieux encore, une couple de Manhattan. 

Ils avaient meilleur goût et plus d'effet. 

L'habitude se crée presque imperceptiblement. 

Et ça devient le clou de la journée. 

On peut se poser la question : est-ce un problème? 

Prenons un peu de recul. 

Qu'il s'agisse d'alcool, de cannabis, d'antihistaminiques vendus à l'étalage, de l'usage inapproprié de médicaments sur ordonnance que l'on se prescrit soi-même ou que l'on obtient d'une tierce personne, le problème survient dès que nous comptons sur une substance pour nous sentir mieux, pour obtenir un soulagement que nous ne pouvons pas nous procurer par d'autres moyens. 

Du moins, c'est ce que nous choisissons de croire. 

Si cela devient notre seule façons de gérer la souffrance physique et mentale, de rendre la vie au quotidien tolérable, nous sommes sur la corde raide. 

Nous sommes à risque de chuter. 

Dans un premier entretien avec un nouveau patient, je suis à l'affût de tous ces indicateurs. 

Le cas échéant, il faut explorer la question davantage et réfléchir sérieusement à la situation. 

Dre Jillian Horton 

La pandémie n'a pas fini de sévire. 

Compte-tenu des exigences auxquelles doivent répondre les médecins dans l'avenir immédiat, comment peuvent-ils identifier leurs propres facteurs de risque pour ensuite adopter une pratique de mieux-être pour eux-mêmes? 

Dr Michael Kaufmann 

C'est une très bonne question. 

Il est difficile d'adopter un mode de vie sain en temps normal. 

Et c'est encore plus difficile de changer ses habitudes en période de crise. 

Au début de notre entrevue, j'ai parlé du caractère endémique du surmenage chez les médecins. 

C'est sûr que la résilience personnelle joue un rôle. 

Mais il y a une chose que je veux vous dire avant que nous revenions sur ce sujet. 

La culture de notre milieu, la culture du milieu médical, celle dans laquelle j'ai reçu ma formation, notre culture organisationnelle et nos conditions de travail n'encouragent pas un mode de vie sain. 

J'en ai moi-même souffert pendant mes études et ma formation professionnelle. 

Nous insistons maintenant à un éveil instiutionnel qui augure des changements positifs. 

Mais on ne change pas une culture du jour au lendemain. 

Le contexte de la pandémie précipitera peut-être les changements souhaités. 

Cela reste à voir. 

Le fait demeure que si nous n'avons pas déjà adopté un solide régime de soins de soi avant que la crise n'éclate, il peut être difficile de faire le changement dans le feu de l'action. 

Cela étant dit, si je parviens à convaincre nos auditeurs, ne serait-ce qu'une partie d'entre-eux, que prendre soin de soi c'est aussi important, voire plus important que le soin des patients, j'aurai atteint mon but. 

La recherche nous révèle que la qualité des soins que nous prodiguons à nos patients en souffre lorsque nous sommes surmenés. 

Si je parviens à convaincre mes collègues que le surmenage mène à l'impasse, et qu'il vaut mieux s'occuper de soi d'abord pour mieux s'occuper des autres, j'aurai atteint mon but. 

Dans la pratique, cela signifie prendre un temps d'arrêt pour manger une bouchée, se désaltérer ou se reposer, même si on est très occupé. 

En arrivant à la maison, au lieu d'enfiler un verre ou deux pour se soulager, sautez sur la machine d'exercice pendant quelques minutes. 

L'exercice est non seulement plus sain, mais donne une sensation de bien-être qui dure plus longtemps. 

Certains ont peut-être tendance à se réfugier derrière une porte close pour évacuer les contrariétés de la journée. 

Soit, pendant quelques minutes. 

Mais c'est probablement une bonne idée de trouver quelqu'un en qui vous avez confiance, un collègue, un proche, un ami pour parler un peu. 

J'ai parlé ailleurs des conditions que nous ressentons lorsque nous sommes au bout du rouleau, affamé, excédé, seul et claqué, et j'ai formulé des principes de base et créé une abréviation mnémonique. 

J'ai examiné les six aspects des soins de soi, y compris la pratique spirituelle, par exemple faire une marche dans la nature, écouter le chant des oiseaux le matin. 

Bref, renouer avec notre capacité à nous émerveiller. 

Lorsque j'aborde l'aspect spirituel, je parle aussi de l'importance de la compassion. 

C'est un sujet d'actualité, n'est-ce pas. 

Je crois que vous avez même un segment sur le leadership axé sur la compassion. 

Mais il ne faut pas oublier que la compassion commence par la compassion pour soi-même. 

L'auto-compassion. 

J'aime bien parler d'une pratique radicale de soin de soi. 

C'est une approche radicalement différente de celle qui nous est familière. 

C'est un acte de bonté et d'amour envers soi-même. 

Nous devrions adopter cette pratique comme si notre vie en dépendait. 

C'est ce que je fais depuis que je suis en rétablissement. 

Et c'est ce que nous enseignons à tous ceux et celles qui sont en rétablissement. 

Suivez cette pratique sans faute, comme si votre vie en dépendait. 

Parce qu'effectivement votre vie en dépend. 

Lorsque les gens rechutent, ils s'exposent à des dangers chroniques qui peuvent entraîner la mort. 

Les gens peuvent aussi mourir de n'importe laquelle des conditions qu'éprouvent nos collègues en ce moment. 

Ça peut être la tumeur cancéreuse dissimulée, l'arthère coronaire qui est sur le point de se bloquer, l'AVC imminent, ou même, si j'ose même le dire, la dépression menant au suicide. 

Le stress sans répit peut mener à toute sortes de fins funestes. 

Vu dans ce contexte, le soin de soi devient un acte de préservation de la vie, un acte de bonté et d'amour extraordinaire envers nous-même que nous devons mettre sur un pied d'égalité avec le soin au patient. 

C'est l'approche qui nous garantit le meilleur équilbre. 

Et c'est la meilleure façon de justifier l'importance de l'auto-compassion. 

C'est ce que je souhaite pour tous nos collègues. 

Ce serait dommage que nous revenions à nos façons de penser traditionnelles une fois la crise passée. 

J'espère que la pandémie nous motivera à adopter en permanence des pratiques d'auto-compassion qui renforcent notre résillience personnelle et que le mouvement fera école au sein de nos institutions, que nous nous dirons collectivement : « c'est la chose à faire ». 

Le moment est venu de mieux prendre soin de nous et de nous entraider davantage. 

Dre Jillian Horton 

Merci Michael de ces remarques d'une grande sensibilité et d'une grande pertinence. 

Merci de nous avoir consacré ces minutes précieuses. 

Dr Michael Kaufmann 

C'est un grand plaisir pour moi. 

Merci. 

Dre Jillian Horton 

Je suis la Dre Jillian Horton. 

Merci d'avoir été des nôtres pour ce webinaire sur la COVID-19 offert par l'Association médicale canadienne et Joule. 

Merci pour tout ce que vous faites. 

Et à bientôt.